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30 mai 2009

75ème anniversaire de la grève de Toledo

De février à juin 1934, les travailleurs de l'entreprise Electric Auto-Lite à Toledo dans l'Ohio menèrent l'une des 3 grandes luttes, avec celle des Teamsters de Minneapolis et celle des marins et dockers de San Francisco, annonciatrices du soulèvement des travailleurs américains qui aboutit à l'émergence du CIO, Congress of Industrial Organizations, centrale syndicale dont les méthodes et les buts rompaient avec le conservatisme réactionnaire de la direction de l'AFL.

Dans chacune de ces grèves, la présence de noyaux militants socialistes (dans le sens anglo-saxon et non franchouillard) fut un des éléments décisifs de l'emploi conscient de méthodes de lutte de classe qui s'avérèrent efficaces pour l'amélioration de la condition des salariés et pour l'extension de l'organisation de la classe ouvrière.

Malheureusement ce mouvement de la classe ouvrière vers son indépendance n'aboutit pas à la constitution d'un parti du travail organisant politiquement celle-ci sur la base de ses intérets propres, en rupture et en opposition aux partis bourgeois.

Pour avoir une idée de l'ambaince régnant à Toledo en ce printemps 1934, voir sur Youtube...Evidemment, on est loin du "dialogue social" à la Thibault-Chéréque-Le Duigou

11 février 2009

Royaume-Uni : la grande peur de la lutte des classes

Nous recommandons la lecture de l'article que Philippe Marlière a consacré à la dernière vague de grèves sauvages dans le secteur de la construction et de l'énergie qui a marqué la Grande-Bretagne du 2 au 7 février.

Marlière, maître de conférence à Londres, est un militant de gauche dont on peut créditer la bonne foi, du coté des travailleurs. Les éléments qu'il fournit indiquent que la panique d'un retour de la lutte des classes directe, dans les usines et les chantiers, est grande au sein de la bourgeoisie en ces temps de crise du système.

Raison de plus pour aller dans le sens d'une organisation des travailleurs capable de surmonter les tentatives patronales de division des salariés et d'intoxication médiatique.

21 octobre 2007

La leçon du 18 octobre

La leçon du 18 octobre :

Branche par branche, nous serons défaits.

Tous ensemble, nous déferons Sarkozy !

Ce jeudi 18 octobre s'est produit la plus grande grève des cheminots, électriciens, gaziers et agents de la RATP que l'on ait vue depuis longtemps, les taux officiels de grévistes ayant dépassé ceux de 1995 et l'encadrement s'étant en grande partie joint à la grève. Cette force s'est appuyée sur le mouvement des militants syndicaux, sections locales et départementales, qui, contre les consignes venues des directions nationales, ont voulu faire du 18 octobre non pas une journée sectorielle des seuls "régimes spéciaux", mais le premier affrontement social national du salariat avec Sarkozy -condition absolue pour que le combat en défense des régimes dits spéciaux puisse être mené.

Ils y sont parvenus, et ont donc réalisé aussi une journée de manifestations de grande ampleur, malgré les obstacles mis sur leur route :

-volonté acharnée d'enfermer la grève du 18, contre toute vérité, dans les cadres d'une grève sectorielle, conduisant à l'activisme anti-grève de certains responsables CFDT ou UNSA ;

-mais aussi consigne interne à la CGT de lâcher la revendication commune du retour au 37,5 annuités pour tous, opposant contre toute logique la revendication du droit à la retraite à taux plein à 60 ans aux 37,5 annuités, meilleur moyen de laisser Sarkozy isoler les cheminots, et n'ayons pas d'illusions, étape préalable vers l'abandon des 60 ans eux-mêmes, étape suivante de la reculade ;

-mais aussi déclaration de Bernard Thibault évitant soigneusement de ne jamais se prononcer sur le retrait de la "réforme" de Sarkozy et Fillon et demandant "que soit modifié le cadre de la réforme" ;

-mais aussi communiqué des fédérations de fonctionnaires du 1° octobre, décidant de ne pas appeler ensemble à la grève le 18, et, contre celle-ci, mettant en perspective une grève éventuelle de la seule fonction publique en novembre, et entraînant le refus de la FSU et de ses principaux syndicats nationaux d'appeler nationalement à la grève.

C'est donc sur un parcours véritablement semé d'embûches que des milliers de militants syndicaux, de larges secteurs de la classe ouvrière, se sont frayés un chemin vers le 18 octobre et ont fait de cette journée une mauvaise nouvelle pour Sarkozy.

Cette démonstration de force intervient dans une situation qui reste marquée par la victoire du capital que constitue l'élection de Sarkozy le 6 mai dernier. Les sondages sont bien entendu à prendre avec prudence, et l'on sait que la mobilisation du salariat, quand elle redonne une perspective à de larges couches de la société, fait toujours bouger les lignes ; mais il reste vrai que la possibilité, pour les médias, de produire des sondages hostiles à la grève des transports, dont ils ne manquent évidemment pas de souligner le contraste avec l'état d'esprit de l' "opinion publique" en 1995, est aussi un élément de la situation. Loin de devoir conduire les militants ouvriers à minorer leurs revendications, elle doit au contraire les pousser à expliquer, expliquer et encore expliquer, que branche par branche on n'y arrivera pas, et que c'est le droit commun de tous les salariés, actifs, chômeurs, retraités et en formation, qui sont la majorité, qui est la revendication commune, donc les 37,5 annuités pour tous et la retraite à taux plein à 60 ans, mais que cette revendication élémentaire, parfaitement réalisable eu égard aux richesses produites, heurte de front le système capitaliste et ses représentants et pose la question d'une perspective politique pour défaire Sarkozy et imposer un gouvernement et un régime réellement démocratiques, au service de cette majorité.

Notre rôle est donc avant tout de poursuivre et d'amplifier ce travail d'explication et d'organisation, en s'appuyant sur l'appel Le droit de grève n'est pas négociable ! et les comités formés sur sa base, en poursuivant les discussions qu'il permet d'avoir entre militants ouvriers, en amplifiant également la campagne pour l'abrogation de la loi Pécresse contre les étudiants. Le mouvement réel est ascendant, mais il ne peut que prendre son temps, car il mesure les obstacles, il cherche une issue politique que, pour l'heure, il n'a pas, et il fait suite à la l'élection de Sarkozy. Des accélérations de la lutte des classes sont toujours possibles mais le rôle des militants qui veulent aider leur classe à s'organiser pour construire l'issue politique n'est pas de pousser à l'accélération, qui aura lieu à un moment ou un autre, mais d'armer les travailleurs pour préparer la victoire dans cet affrontement. Et les armes sont politiques, elles passent par la conscience, la discussion, l'organisation.

C'est ainsi que la grève reconductible des cheminots à partir du 18 octobre n'était possible que sur la base d'une large extension de la grève à d'autres secteurs, d'un soutien actif de ces autres secteurs, hors de quoi il serait fou de s'imaginer que, comme les gouvernants anglais se préparant à la grève des mineurs au début des années 1980, le gouvernement et les patrons n'aient pas calculé leur action pour isoler et casser une grève reconductible. Soyons clairs : si elle a lieu, notre premier devoir sera d'appeler au soutien, à l'extension, au "tous sur les voies". Mais la masse des cheminots, indépendamment de la pression exercée par la direction de leur fédération CGT, sentait que les choses n'étaient pas suffisamment mûres. Beaucoup cependant souhaitaient tester, et il est très significatif et important que, de Sotteville les Rouen à Lyon Perrache, des AG de cheminots appelées par SUD-Rail et FO aient voté la reconduction dans la soirée et la nuit du 18 au 19. Il était justifié que les syndicats déposent des préavis reconductibles, comme l'ont fait de nombreuses sections CGT contre la consigne de leur fédération. Mais le test était justifié, la masse des cheminots ne pouvait qu'assez normalement être méfiante envers le plan du pouvoir de les isoler et se disposer plutôt à attendre la réunion de leurs directions fédérales prévue le lundi 22.

Dans la soirée du 18, le ministère des transports a en outre fait une concession aux seuls conducteurs de trains, en promettant, d'ailleurs sans véritables garanties, qu'ils partiraient en retraite à 55 ans (contre 50 ans actuellement) là où les autres cheminots seraient mis à 60 ans. Cette manoeuvre montre au passage que le problème pour le gouvernement n'est absolument pas le financement des retraites, ni l'abolition de prétendus privilèges catégoriels, mais uniquement l'enjeu politique et social de passer sur le corps des cheminots pour briser toute la classe ouvrière. Elle montre l'inanité de la tactique "branche par branche" poussée jusqu'à l'extrême, "métier par métier", par la FGAF, le syndicat autonome des conducteurs qui, prétendant avoir obtenu cette promesse, a appelé les conducteurs à la reprise. La direction de la fédération CGT peut à bon droit protester contre cette rupture de l'unité des cheminots, mais confiner le combat des cheminots dans la défense de leur "régime spécial" en l'isolant de la revendication commune du salariat de retour aux 37,5 annuités pour tous ne relève-t-il pas à une autre échelle de la même méthode ?

La grève reconductible des cheminots n'était et n'est concevable qu'étayée sur la mobilisation de toute la classe ouvrière. Or, celle-ci, répétons-le, prend son élan doucement, massivement. La perspective de l'affrontement central avec Sarkozy, qui est une question politique, pose à terme la question de la grève générale, mais c'est là un aboutissement et non une chose à organiser immédiatement. "Ce n'est pas la grève en masse qui nourrit la révolution [la lutte pour la lutte], c'est la révolution qui nourrit la grève en masse." (Rosa Luxembourg), c'est la perspective, l'organisation et l'explication politiques qui ouvrent la voie du combat.

Dans l'immédiat, une question importante doit être posée : si la loi anti-grève dans les transports terrestres qui doit s'appliquer au 1° janvier 2008 avait été en application ce 18 octobre et le lendemain, que se serait-il passé ? Ne la renvoyons surtout pas d'un revers de main en disant que la puissance de la grève aurait tout balayé. Car Sarkozy ne calcule pas ainsi : il prépare un affrontement ciblé, sectoriel, pour casser tel ou tel secteur -en l'occurrence les cheminots, ou les chauffeurs de cars. Le combat pour l'abrogation de la loi anti-grève dans les transports terrestres, parce que cette loi est une arme de l'Etat et des patrons, appelée à se généraliser à tous les secteurs s'ils y parviennent, est plus d'actualité que jamais.

Dans l'Allier, l'appel Le droit de grève n'est pas négociable !, présenté par un camarade agent de lycée, militant CGT, à une réunion organisée par le Conseil régional sur les transports ferroviaires, puis dans les manifestations montluçonaise et moulinoise du 18 octobre, a recueilli 142 signatures dont celles du député-maire apparenté PS d'Yzeure et Moulins, du secrétaire fédéral du PCF, de l'adjointe PS au maire de Cusset, de deux conseillers régionaux, un PCF et une Verte, de très nombreux militants et responsables de la CGT, la section départementale FSU soutenant le texte, de plusieurs militants FO à la Poste, au conseil général, dans l'enseignement ...

Les pseudos négociations dans les transports terrestres non ferroviaires sur l'application de la loi anti-grève en sont au point qui a été décrit dans la précédente Lettre de Liaisons, mais les mêmes "négociations" devraient démarrer à la SNCF. Elles n'ont pas plus de légitimité que les "négociations" contre les régimes spéciaux, quel qu'en soit le "cadre" pour parler comme Bernard Thibault. Une vraie négociation, c'est sur les revendications des travailleurs et sur la base d'un rapport de force. Aucune des "négociations" sur les revendications de Sarkozy et des patrons ne sont des négociations. La place des syndicats n'est pas là : cette discussion doit être portée, sans ultimatums mais sans tabous, partout où le problème se pose, de la base au sommet.

Pendant ce temps, Cécilia et Nicolas se sont officiellement séparés. De même que l'échec du jeu mécanique mais sans élan de l'équipe française de Rugby n'a pas abouti à la victoire à la coupe du monde. Ces "évènements" prennent un sens politique, qu'on le veuille ou non : Sarkozy avait intégré Cécilia à son dispositif en l'envoyant voir Khadafi juste avant de lui vendre le nucléaire, et il avait misé sur une opération d'union nationale autour de l'affairiste véreux Laporte et de son équipe : leur défaite finale devant les Pumas argentin clôt le cycle commencé par le ridicule de la lecture de la "lettre de Guy Môquet" juste avant leur première défaite devant les mêmes Argentins !

Il y a plus important : EADS, Arnaud Lagardère ... Dans le ridicule pipole (people) comme dans les grands scandales d'Etat, l'ombre du gouffre, de la chute qui sera d'autant plus dure que gesticulatoire et agressive aura été la fiesta, se dessine pour Sarkozy. S'il y a cette grande ombre, c'est parce que la classe ouvrière française a gardé sa capacité de combat. Le second tour des législatives et le 18 octobre le montrent, le 18 octobre à un niveau supérieur. Patiemment, hâtons nous de tout faire pour l'armer.

Article paru dans le numéro 229 du 20 octobre 2007 de La Lettre de Liaisons.
Ce numéro est le dernier. Il sera désormais remplacé par la lettre électronique Militant-La Lettre de Liaisons qui résulte de la fusion des comités de rédaction du Militant et de La lettre de Liaisons.



04 septembre 2007

France : "Le droit de grève n'est pas négociable !"

Les signataires de l'Appel "Le droit de grève n'est pas négociable !" tiendront une réunion nationale le dimanche 16 septembre 2007 à partir de 13H30 à Paris.

Pour plus de renseignements, consultez les sites du Militant et de La Lettre de Liaisons

Après le vote de la loi au Parlement fin juillet puis la validation du texte par le Conseil constitutionnel le 16 août, la nouvelle étape passe par une remise en cause sans détour de cette loi par les syndicats comme par l'ensemble de la gauche.

Sarkozy veut maintenant passer à l'étape du début de l'application en imposant aux collectivité locales gestionnaires de transports terrestres de passagers et aux syndicats du secteur la définition et la mise en place des modalités du "service minimum".

C'est maintenant qu'il faut refuser ce genre de travaux pratiques très néfastes pour les droits et la situation de salariés.

Ainsi la confédération CGT, tout en condamnant la loi, propose de négocier l'application pratique non pas par entreprises mais par branches professionnelles. Avec une telle proposition, Sarkozy peut avancer à grandes enjambées vers le passage à l'extension de cette loi à l'Education nationale et à la santé avant de réussir l'extension au secteur privé, là où on extrait la plus-value !

Le mot d'ordre incontournable face à cette loi scélérate qui vise à priver les salariés du droit élémentaire de se défendre collectivement ne peut être que celui de l'abrogation.

02 août 2007

Motion de la section de Dereham du Labour Party en soutien aux postiers

Motion adoptée par la section de Dereham du Labour Party, le 1er août 2007

La section de Dereham du Labour Party appelle le gouvernement à faire pression sur la direction de Royal Mail pour engager des négociations effectives et significatives avec le CWU, et à s’engager lui-même à préserver le service postal comme un service public universel.

De plus, elle appelle ses membres à soutenir pleinement le CWU de toutes les façons possibles :

1. Visiter les piquets de grève les jours de grève

2. Envoyer des messages de soutien au CWU, au niveau local et national

3. Collecter des signatures pour la pétition officielle lancée par le CWU pour appuyer la position du syndicat

4. Organiser des collectes pour tout fond de soutien financier à la grève, impulsé par le CWU

5. Inviter des membres du CWU dans les entreprises pour discuter des enjeux du conflit

6. En établissant un comité de coordination du secteur public avec des représentants locaux des autres syndicats du public tells que UNISON, PCS, FBU, NUT pour aider au soutien à ces syndicats lorsqu’ils lancent des actions de grève.

Des milliers de postiers en grève sauvage en Ecosse

La grève sauvage en cours à la Poste en Ecosse illustre les obstacles auxquels sont confrontés les salariés dans un cadre légal restreignant le droit de grève - ici, héritage vivant des défaites infligées par Thatcher au mouvement ouvrier britannique durant les années 80'. Raison de plus pour redoubler d'efforts en France pour organiser un combat efficace pour empêcher Sarkozy, Fillon, Bertrand, Lagarde, Dati et toute la clique de parvenir à leurs fins contre les droits des salariés. APS


Ces deux derniers jours on vu des milliers de travailleurs de la Poste débrailler à travers l’Ecosse pour une grève sauvage en solidarité avec des collègues sanctionnés.

Le lundi 30 juillet, treize chauffeurs du centre postal de St Rollox à Glasgow ont été mis à pied après qu’ils eurent refusé de franchir un piquet de grève officiel à l’aéroport d’Edinburgh. [Les aéroports font partie des spécialités fonctionnelles pour lesquelles le CWU (*) a décidé d’un appel à la grève séparément des centres de tri et des bureaux de distribution]

Les vingt et quelques autres travailleurs du bureau de distribution de St Rollox ont alors débrayé en solidarité, entraînant le reste du centre de tri avec eux.

Quand les cadres ont emporté le travail aux bureaux distributeurs de Glasgow, ce qu’ils ont achevé de transporter et de répandre n’a pas été le courrier mais la grève. A la mi-journée, mardi, tandis que les centres de tri étaient en grève légale, prévue d’avance, la plupart des bureaux de distribution étaient en grève sauvage, illégale.

La grève s’est étendue à Motherwell quand les chauffeurs ont été mis à pied pour avoir refusé de franchir un piquet de grève à Glasgow, et ils ont étendu aujourd’hui [mercredi 1er août] au centre postal d’Edinburgh car c’est là que les lettres de Glasgow étaient réacheminées.

Alors que les militants de Workers’ Liberty pensent que la stratégie du CWU, basée sur un programme de grèves partielles et tournantes, entraînant le maximum de perturbation par heure travaillée perdue, est globalement correcte, celle-ci soulève néanmoins la question de savoir quoi faire quand les postiers d’un secteur sont confrontés aux piquets de grève d’un autre secteur.

La solidarité ouvrière dit que ceux qui refusent de traverser le piquet de grève ont 100% raison et que le syndicat doit leur donner son soutien plein et entier. Toute autre chose permet à la direction de monter des provocations suivies par des sanctions contre les militants.

Les évènements en Ecosse, d’une façon encore plus dramatique que la grève sauvage d’Oxford le mois dernier [2], illustrent la façon dont la direction de Royal Mail (La Poste britannique) est désireuse de faire monter les enjeux en choisissant le lieu et le moment de l’affrontement. Les postiers ont raison de répondre par la grève !

Le 01-08-2007.

* : CWU : Communication Workers Union, syndicat des travailleurs des communications.

Source : http://www.workersliberty.org/node/8939

Pour notre dernier bulletin chez les postiers, voir ici [1]

Links:
[1] http://www.workersliberty.org/node 8906
[2] http://www.workersliberty.org/node/8859

23 juillet 2007

Projet de loi sur le droit de grève : RETRAIT !

Editorial de La Lettre de Liaisons N°222 du 23 juillet 2007


Le droit de grève n'est pas négociable : RETRAIT du projet de loi !

La pseudo assemblée aux ordres est donc en train de pondre ses lois estivales : au centre du dispositif, la loi contre le droit de grève et celle sur la prétendue autonomie des universités, ainsi que les lois sur "le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat" groupant les cadeaux fiscaux aux riches et la déréglementation aggravée des heures supplémentaires, et la loi intitulée "sur la récidive" qui vise à traiter pénalement les mineurs comme des adultes tout en les privant des droits de ces derniers.

La loi contre le droit de grève, intitulée comme il se doit "loi sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs", vient d'être examinée -et aggravée- par le Sénat et va passer devant l'Assemblée à partir du lundi 30 juillet. Que contient ce texte ?

Le contenu de la loi après son passage au Sénat : la question du champ d'application.

L'article 1 définit comme champ d'application les "services publics de transports terrestre régulier de personnes à vocation non touristique" et précise que cela concerne aussi les entreprises (privées) de transport chargées d'une telle mission de service public. Cet article I condense la tentative initiale de mensonge gouvernemental selon laquelle il ne s'agirait de rien d'autre que de ne pas laisser les gens à quai dans les gares. Outre que l'on peut rappeler que selon les statistiques officielles 3% des trains ratés sont dûs à des grèves, le reste, dans une proportion croissante, à l'obsolescence du matériel (conséquence de la séparation entre SNCF et Réseau Ferré de France, opérée par le ministre PCF Gayssot du gouvernement Chirac-Jospin en vue de préparer la privatisation), ainsi qu'à la météo, aux suicides et aux tirages de sonnettes d'alarme, le texte de la loi lui-même montre que le gouvernement n'a nullement l'intention de se limiter aux trains et aux cars.

En effet l'article 9 précise qu'un "rapport d'évaluation" sera remis au gouvernement au plus tard le 1°octobre 2008, présentant un bilan d'application et au vu de ce bilan examinant "l'opportunité d'étendre le dispositif de la présente loi aux autres modes de transports publics de voyageurs." Plusieurs députés UMP ont bruyamment réclamé cette extention durant le débat au Sénat, les marins assurant la liaison Corse-continent étant visiblement dans leur colimateur. Par contre le gouvernement a refusé de retirer les transports scolaires de la loi, comme le demandait l'Association des Départements de France (les conseils généraux, de droite comme de gauche) qui s'interroge de son point de vue sur ce que peut bien signifier un "service minimum" dans ce secteur où les horaires consistent déjà en un trajet le matin et un trajet le soir.

Pour couronner le tout, la rapporteuse de la loi, l'UMP Catherine Procaccia, est intervenue en faveur de l'interdiction des grèves les jours d'examens ou de concours nationaux, précisant que cela fait pas moins de 25 jours par an. Ce point n'est pas repris tel quel dans le projet de loi mais la possibilité de telles interdictions est ouverte.

D'autre part, cet article 1 a été aggravé par un amendement de sénateurs UMP déposé à l'instigation du gouvernement, amendement curieux du point de vue juridique car relevant plutôt de l'exposé des motifs d'une loi que de la loi elle-même. Il explique en effet que les dits "services publics de transports terrestres régulier de personnes à vocation non touristiques" "permettent la mise en oeuvre de principes constitutionnels" ainsi énumérés : "liberté d'aller et venir ; liberté d'accés aux services publics, notamment sanitaires, sociaux et d'enseignement ; liberté du travail ; liberté du commerce et de l'industrie".

A la lettre la présence explicite de toutes ces "libertés" dans le texte constitutionnel n'est pas d'une évidence limpide alors que le droit de grève l'est dans le cadre d'une énumération de droits individuels fondamentaux (préambule de la constitution de 1946 repris dans celle de 1958). Ce curieux amendement vise donc à prévenir toute argutie juridique se référant au caractère constitutionnel du droit de grève et montre bien que la "constitutionnalité" d'un droit ... est avant tout une question de rapport de force !

Ligoter les syndicats.

Les articles 2, 3 et 4 visent à ligoter les syndicats : d'ici au 1° janvier 2008 des "négociations" -les guillemets sont indispensables- doivent fixer par entreprises et au niveau de la branche les modalités d'application de la loi, mais non pas en ce qui concerne le soi-disant "service minimum", mais en ce qui concerne le "dialogue social et la prévention des conflits". Actuellement le droit commun (article L.521-3 du Code du travail) impose un préavis de 5 jours. La loi imposerait dans les transports terrestres -avant généralisation ? - une obligation de négocier avant tout préavis. Au lieu d'un préavis les organisations syndicales déposeraient donc une "notification à l'employeur des motifs pour lesquels elles envisagent de déposer le préavis de grève", entraînant une négociation obligatoire dans les 8 jours, l'article 3 ajoutant que pendant celle-ci, le dépot d'un véritable préavis de grève est interdit, autrement dit on va vers l'interdiction de la grève dans les 8 jours qui suivent la notification des motifs et aussi dans les 5 jours du préavis proprement dit ! ...

Quant à la "négociation" sur le "service minimum" proprement dit, c'est aux autorités organisatrices des transports, c'est-à-dire aux collectivités territoriales, Régions (en première ligne avec la SNCF), Départements, communes et communautés de communes, à l'imposer en ratifiant avec les syndicats, d'ici la même date butoir du 1er janvier 2008, un "accord collectif de prévisibilité du service applicable en cas de perturbation prévisible du trafic ou de grève."

Un service minimum sans maximum.

Les articles 4 et 5 organisent donc ce fameux "service minimum" ... c'est-à-dire qu'ils ne l'organisent pas, mais missionnent les collectivités territoriales pour qu'elles le définissent elles-mêmes avec les syndicats dans le cadre des accords locaux -tout en prévoyant que si elles ne le font pas le représentant de l'Etat (le préfet) le fera à leur place !

Le dit "service minimum" a pour but, comme le ministre l'a dit dans le débat, de faire en sorte que les grèves ne paralysent pas l'acticité économique : autrement dit, que les grèves ne soient pas des grèves !

Les soi-disant "accords collectifs" doivent donc définir le service minimum : aucun maximum n'étant prévu quant à la définition de ce "minimum", tout est possible, interdiction des grèves tel jour, sur telle desserte, à tels horaires, etc.Mais la loi comporte ici une grave contradiction interne. Comme ces Messieurs doivent avancer, au début, plus ou moins masqués, des mots comme "réquisition" n'y figurent pas. Les soi-disant "accords" doivent pourtant recenser les personnels nécessaires pour assurer le dit "service minimum". Alors comment faire ? C'est à cet effet qu'il leur est ordonné d'informer 48 heures à l'avance leur supérieur hiérarchique de leur intention ou non de faire grève, sous peine de sanction disciplinaire s'ils font grève sans l'avoir annoncé ...

Chacun comprendra que nous sommes là au coeur de l'attaque contre la vraie démocratie, celle des travailleurs qui s'organisent par eux-mêmes et décident librement, ce qui n'est possible que sur la base d'un rapport de force construit contre le patron.

Mais si tout le monde malgré tout fait grève et que les personnels censés assurer le "service minimum" n'est pas là ? La loi d'un côté dit que le "service minimum" doit être assuré, de l'autre ne prévoit pas que faire dans cette situation. Elle dit qu'il doit être fait avec des non-grévistes ("En cas de grève, les personnels disponibles sont les personnels non grévistes.", article 5 titre I), tout en ne laissant prise à aucune autre interprétation que celle selon laquelle le "service minimum" est obligatoire et ne saurait en aucun cas ne pas s'effectuer. Alors ?

Alors, ce vide est évidemment délibéré, il traduit deux choses :

1) la crainte des gouvernants de dire explicitement dans le texte de la loi où ils veulent en venir.

2) leur anticipation d'un affrontement social dans lequel la chose sera dénouée par la lutte -la notre et la leur, dans la lutte des classes, il y a deux classes qui luttent toutes deux !

Soit la loi sera vidée de son contenu soit elle aura un contenu qui ira alors forcément beaucoup plus loin que sa lettre en son état actuel. Mme Procaccia l'a bien compris :

"Nous faisons, en cet été 2007, un vrai premier pas, que j'espère être un pas de géant, dans l'intérêt de tous : usagers, entreprises et salariés des transports. Mais je tiens à souligner que, comme pour tout texte législatif, seule sa correcte application permettra vraiment de changer la vie de nos concitoyens : j'en veux pour preuve la pratique courante des grèves dites "émotionnelles" ou des piquets de grève qui paralysent les transports publics, alors que ce type de manifestation est illégal."

Mme Procaccia parle d'or ... Les grèves spontanées, les piquets de grève, les barrages routiers comme en 1996, les débrayages suite à une agression, et les grèves pour des raisons interprofessionnelles, politiques et générales (ne relevant donc évidemment pas d'une "notification des motifs" internes à l'entreprises, voila ce qui doit être interdit pour "changer la vie" des patrons !

L'article 6.

L'article 6 apporte à cette première offensive une dimension importante supplémentaire car il tente de s'en prendre aux grèves déjà engagées :

1) en recourant à un "médiateur" dés le début du conflit (lors de la "table ronde" organisée par la commission sénatoriale pour entendre, en bloc, les représentants syndicaux, l'UNSA et la CFTC ont fait cette demande, mais tous les syndicats se sont déclarés demandeurs d' "accords de prévention des conflits", la CFDT insistant particulièrement sur ce point ...).

2) en rendant possible un vote à bulletin secret échappant au contrôle des travailleurs, organisé "par l'entreprise" sous la surveillance éventuelle du "médiateur", sur la poursuite de la grève au bout de 8 jours.

Ici, soudain, le ministre se rappelle que le droit de grève est "constitutionnel" et "individuel". C'est pourquoi le texte de la loi précise que le résultat de ce "vote", organisé par le patron ("l'entreprise", c'est le patron) "n'affecte pas l'exercice du droit de grève" et n'a donc pas force de loi pour interdire la poursuite de la grève. Mais là encore, on comprend bien que la loi cherche à construire par avance des situations dans lesquelles une grève pourrait être physiquement brisée par une telle procédure. On a bien dit physiquement : car la question, précisons-le, n'est pas en soi celle du vote à bulletin secret, mais de QUI organise la grève. Cette disposition de la loi vise à faire organiser la grève (évidemment pour la désorganiser, pour l'arrêter) par d'autres que par les travailleurs eux-mêmes ou leurs sections syndicales.

C'est bien pourquoi il n'y a pas de différence de fond entre une telle disposition, dénoncée à juste titre par les directions syndicale, et celle sur le "médiateur", réclamée par certaine d'entre elles et pas combattue par les autres. Dans les deux cas, cet article 6 est la pointe avancée du projet de loi comme arme de guerre sociale. Dans les deux cas, sa philosophie est vieille : c'est celle de l'arbitrage obligatoire, tenté en France par Aristide Briand en 1910, par le Front populaire en 1937 (oui, par le Front populaire : il s'agissait d'éviter un « nouveau juin 36 » en « prévenant les conflits ») sous le nom de Statut moderne du travail, projet que les gouvernements Daladier puis Paul Reynaud commencèrent à mettre en oeuvre, mais qui le fut pleinement par celui du maréchal Pétain, dans le cadre de la Charte du travail.

L' « usager », cet alibi.

Les articles 7 et 8 prétendent, eux, donner satisfation aux "usagers" et à ces mystérieuses associations d'usagers censées nous représenter, nous les travailleurs qui prenons le train, et sur la représentativité desquelles personne ne semble s'interroger ...

C'est un vaste foutage de gueule pour une raison bien simple : l'information des usagers (art. 7) et le remboursement de leurs titres de transports (art. 8) ne sont prévus que dans les cas de grève et de perturbation prévisible. Or plus de 90% des perturbations réelles, de l'aveu des statistiques officielles elles-mêmes, ne rentrent pas dans ces cas : l'obsolescence du matériel ou le désespoir des personnes qui se jettent sous les trains sont en effet "prévisibles" statistiquement, et résultent tous deux de l'ordre social et économique des promoteurs de cette loi, mais ne sont pas prévisibles au cas par cas. Donc, "'usagers", votre information et votre remboursement ne sont que des alibis anti-grève, dirigés contre vous-mêmes.

Payer les jours de grève n'a rien d'illégitime !

L'article 9 interdit les paiements de tout ou partie des jours de grève.

Le non paiement des jours de grève est pourtant déjà prévu par la loi. Alors pourquoi cet article ?

D'une part il s'agit d'exciter certaines couches petites-bourgeoises auxquelles on fait croire que jusque là les jours de grève sont payés ! C'est l'inscription dans la loi de la méthode initiée par M.M. Raffarin et Ferry contre les enseignants en 2003 quand ils ont annoncé que « désormais les jours de grève ne seraient pas payés », comme s'ils l'avaient été avant !

D'autre part il s'agit d'interdire une pratique qui, lorsqu'elle avait lieu, n'avait rien d'injustifié : on peut en effet trés bien arguer, d'un point de vue réformiste ouvert au "dialogue social", que le paiement de tout ou partie des jours de grèves peut contribuer à de meilleures relations sociales dans l'entreprise, surtout quand le patron, donnant droit à tout ou partie des revendications, montre que c'est son obstination à ne pas négocier qui a poussé à la grève : n'est-il pas normal que cela se paie ?

Qu'ils nous soit permis d'ajouter que l'activité d'un vrai gréviste, qui ne compte pas ses heures de piquet, de discussion, d'AG, de manifestation ... mériterait au fond d'être payée ... en heures supp' !

Et notons pour le regretter qu'absolument aucun des représentants syndicaux auditionnés par le Sénat n'a argumenté en faveur de la légitimité de cette pratique.

Pourtant il est même arrivé, par exemple dans la maçonnerie, de voir un petit patron, pour se "réconcilier", accepter de payer un jour ou deux de grève celle-ci terminée : la généralisation de cette loi le lui interdirait !

Un dernier mot sur le débat au Sénat.

Laissons là le débat sénatorial, assez pauvre dans son ensemble -mais il faut tout de même signaler l'intervention du sénateur PS Jean-Luc Mélenchon qui a dit, rapidement, l'essentiel de ce qu'il y avait à dire : « Vous vous attaquez à la classe ouvrière organisée, et vous commencez par les transports ... », « Vous vous en prenez aux travailleurs des transports parce que vous allez vous attaquer aux régimes particulier de retraite. Or c'est l'affrontement sur le régime de transport des cheminots qui va vous couter le plus cher. » Saluons ce langage, qui n'est qu'exceptionnellement produit dans une assemblée parlementaire (surtout au Sénat ! ) et qui y suscite immédiatement les cris de haines des possédants : c'est ainsi qu'un certain Dominique Braye, sénateur UMP et vétérinaire dans les Yvelines de son état, s'est mis à hurler aux mots de « classe ouvrière » et à bramer que « c'est nous qui la représentons ! » Exclamation caractéristique de la représentation idéologique des « UMP de base » qui veulent opposer braves « ouvriers » et méchants « privilégiés » de la fonction publique et des chemins de fer. Mais la prudence cynique du ministre montre qu'ils ont peur de l'affrontement ... avec la classe ouvrière.

Division des taches et double langage.

Ils se divisent les taches : en plein débat au Sénat, le premier ministre Fillon a, comme on le sait, remis sur le tapis l'attaque contre le droit de grève à l'école appelée ici l' « obligation d'accueil » des enfants (qui existe déjà dans les lycées et les collèges, mais pas dans les écoles et qui permettrait donc d'instaurer une limite légale au droit de grève dans les écoles) : « la démonstration qui sera faite de l'efficacité du dialoguie social dans les transports peut ensuite servir de modèle pour être étendu dans d'autres secteurs, dont l'éducation nationale. ».

Division des taches, « Double langage » comme le constate Le Monde du 21 juillet, qui indique d'ailleurs que le ministre du Travail Xavier Bertrand a écrit au secrétaire d'Etat aux transports Dominique Busseraud de mettre en route la « concertation » pour que les mesures contenues dans le projet de loi, avant même qu'il ne soit voté, soient transposées aux liaisons Corse-continent ...

Premier tournant.

Rappelons que jusqu'à mi juillet, aucune organisation syndicale au plan national ne faisait campagne ou n'informait correctement sur les intentions effectives du gouvernement et le sens de sa politique. Seule la déclaration de l'intergroupe Liaisons-La Commune-Le Militant-CCI(T), et l'appel qui s'en inspire sur lequel Liaisons et le Militant ont engagé une campagne nationale de signatures de syndicalistes et de structures syndicales, expliquait systématiquement que le but du gouvernement c'est les grèves dans les entreprises, dans toutes les entreprises, que son inspiration c'est Thatcher, et cela preuves à l'appui -à savoir les déclarations faites depuis un an par Sarkozy, Bertrand, Dati durant la campagne électorale.

Tout au contraire, il faut le rappeler, Bernard Thibault déclarait, au lendemain des présidentielles, que la question du service minimum dans les transports ne relevait pas du niveau interprofessionnel (Le Monde du 10 mai). Dans les organisations, les directions nationales expliquaient aux responsables inquiets que c'était tactique, qu'il fallait se donner l'air de « prendre au mot » le gouvernement sur la continuité du service public et l'amélioration de l'information des usagers, montrer les contradictions des projets qui circulaient et, en dernier recours, rappeler avec solennité que le droit de grève est constitutionnel. Jean-Claude Mailly s'estimait même « rassuré » sur les intentions gouvernementales, à la veille du congrés de Force Ouvrière dans la dernière semaine de juin.

Ce congrés, première grande réunion syndicale nationale depuis l'élection de Sarkozy, fut aussi celui où s'amorçait un infléchissement, car (voir la Lettre de Liaisons N° de la semaine dernière) le passage de la résolution générale contre le projet de loi sur les transports était sans ambigüité et allait au delà des limites que le secrétaire général avait pourtant tracées juste avant.

Le 13 juin, était rendu public le projet d'article 9 de la loi, permettant son extension future à tous les modes de transports. La CGT prenait alors position :

« Les transports terrestres sont les cobayes d'une offensive visant à une restriction généralisée du droit de grève dans notre pays, entreprises privées et services publics confondus. »

Cependant, la confédération diffusait dans le même temps des « amendements » au projet de loi. Citons le paragraphe d'introduction du tract confédéral :

« Les demandes de modification ci-jointes n'enlèvent rien à l'appréciation générale de la CGT, exprimée par ailleurs, sur cette loi inutile et inefficace pour répondre aux attentes légitimes de qualité de service public au quotidien des usagers. Elles n'enlèvent rien à la position de la CGT s'agissant du droit de grève, droit individuel constitutionnel, non négociable. »

La loi n'est pas « inutile », elle est dangereuse et les premiers à en être convaincus sont les militants CGT auxquels il a été expliqué que cette formulation est une ruse. Mais rusé pour rusé on finit par pédaler dans la choucroute ... car le mot-d'ordre simple et clair ne devrait-il pas être le RETRAIT de cette loi ?

Et le premier moyen d'aller en ce sens l'annonce des fédérations concernées, soutenues au niveau confédéral, qu'elles ne prendront pas part aux « négociations » prévues par les auteurs de la loi : ni à celles enjointes dans son article 2 dans les entreprises et la branche transports, ni à celles enjointes par son article 5 pour rédiger avec les collectivités locales les soi-disant accord collectifs de service minimum, ni à celle annoncée dans la marine par la lettre du ministre Bertrand au sous-ministre Busseraud ...

Dans sa déclaration du 13 juillet la CGT appelle à un rassemblement devant l'Assemblée nationale le 31 juillet et devant les préfectures en province, « fain de montrer notre détermination ».

Afin de montrer notre détermination, certes, donc en exigeant le RETRAIT ... mot qui manque dans l'appel ! Est-ce si dur à dire ? Pas forcément puisque dans une déclaration commune les fédérations des cheminots CGT, CFDT, FO, CFTC, SUD Rail, UNSA, FGAAC, le 19 juillet, appellent aux rassemblements du 31 juillet « pour exiger le retrait des mesures qui contraignent le droit de grève ».

Autrement dit (mais alors pourquoi ne pas l'écrire ? ) pour exiger le RETRAIT DE LA LOI.

Par ailleurs, les déclarations de François Fillon ont évidemment contraint les syndicats de l'enseignement à réagir, la FSU appelant à son tour aux rassemblements du 31 juillet. Sans, elle non plus, exiger en toute lettre le retrait de la loi, la déclaration de la FSU indique que le but de celle-ci est de se venger des grévistes de 1995, 2003 et 2006, et présente les rassemblements du 31 juillet comme « premières étapes d'une mobilisation que la FSU souhaite la plus unitaire et la plus massive possible ».

Chacun comprend bien qu'un 31 juillet, en plein milieu de la période de vacances scolaires et au coeur des congés payés bien légitimes d'un grand nombre de salariés, une mobilisation générale est improbable (bien qu'il y ait un précédent : août 1953 ! ). Il n'y a pas lieu de demander aux directions syndicales de produire celle-ci en claquant des doigts et d'éviter le vote, probable, de cette loi et des autres en coeur de l'été. Mais il y a lieu par contre d'exiger que les syndicats jouent leur rôle, rien que leur rôle peut-être, mais tout leur rôle, en informant correctement, en montrant publiquement les enjeux, sans cacher que c'est l'affrontement qui se prépare. A ceux qui craignent qu'un discours trop « explicite » suscite des mouvements partiels risquand d'être défaits, disons au contraire que c'est en donnant la perspective nécessaire et inévitable de cet affrontement que l'on peut seulement éviter de tels départs en lutte trop précoces, car c'est tous ensemble qu'il va falloir en découdre.

Pour cela, répétons-le, l'indépendance syndicale, envers l'Etat et envers les patrons, requiert que nos syndicats se prononcent pour le retrait de cette loi et ne participent pas aux pseudos-négociations pour la mettre en place.

SIGNEZ, FAITES SIGNER L'APPEL

LE DROIT DE GREVE N'EST PAS NEGOCIABLE !

POUR LE RETRAIT DU PROJET DE LOI : PARTICIPEZ AUX RASSEMBLEMENTS DU 31 JUILLET

devant les préfectures

à Paris à 14h 30 DEVANT L'ASSEMBLEE NATIONALE.

12 juillet 2007

Le droit de grève n'est pas négociable !

Appel national

L'objectif final de Sarkozy avec le "service minimum" c'est d'interdire le droit de grève dans les entreprises. Le pot -aux -roses ? Le voici :
"A celui qui est contre la grève obligatoire imposée par une minorité, je propose la démocratie par l'organisation obligatoire d'un vote à bulletin secret dans les huit jours qui suivront tout déclenchement d'un mouvement social." (Nicolas Sarkozy, Agen, le 22 juin 2006).
"Ces nouvelles règles s'appliqueront d'abord dans les entreprises en charge d'un service public, dans les universités et dans les administrations.". (Xavier Bertrand à La Tribune, le 29 janvier 2007).
"Le vote à bulletin secret commencerait par le service public et pourrait être élargi au privé d'une manière générale." (Rachida Dati, 1° février 2007).

Ils nous parlent de "démocratie", mais la réalité du marché du travail, c'est l'obligation de vendre sa force de travail ou d'être chômeur, obligation imposée par une minorité : la minorité capitaliste. Sa conséquence dans l'entreprise, c'est tout le pouvoir au patron. Toute grève véritable est une grève imposée contre cet ordre de choses : cela ne se fait jamais sans choc. Les piquets de grève sont souvent la condition pour que la majorité puisse, comme elle le souhaite, faire grève. Et cela, beaucoup de jeunes, dans leurs lycées, leurs facultés, leurs IUT, l'ont appris aussi dans la lutte contre le CPE en 2006. Sans piquets, jamais cette victoire de la démocratie qu'a été le retrait du CPE n'aurait été arrachée.

Si on les laisse faire, ils ne s'arrêteront pas là.
En Grande-Bretagne, Thatcher a imposé le vote secret, sous contrôle d'huissier, avant toute grève, interdit les grèves interprofessionnelles et les grèves de solidarité. Au XIX° siècle le droit de grève a été arraché par des grèves illégales et violentes et ne l'aurait jamais été autrement. Il est désormais un droit constitutionnel, même si c’est un droit qui est toujours aussi difficile à mettre en oeuvre, particulièrement pour les salariés du privé.

Le plan du gouvernement est clair.
1°) Instaurer "dans la concertation" le service minimum dans les transports et les établissements scolaires, avant fin 2007 au moins pour les transports, en ne parlant pas trop de leur projet contre les travailleurs du privé pour diviser entre public et privé. Selon les propres statistiques de la SNCF, 3% des trains non pris sont dus à des grèves. Moins il y aura de grèves, plus les trains arriveront en retard, car les atteintes au service public se multiplieront.
2°) En 2008, s'ils en ont réuni ainsi les conditions juridiques, ils pourront essayer de briser une éventuelle grève des conducteurs de trains pour défendre leur régime de retraite, dernier bastion avec les électriciens et les gaziers du droit aux 37,5 annuités de cotisations : ils pourront tenter de réquisitionner et de licencier les récalcitrants.
3°) Ayant ainsi modifié le rapport de force social, ils imposeront alors, courant 2008, le "contrat unique" de travail facilitant les licenciements dans toutes les entreprises et verrouilleront le droit de grève partout, pour imposer la dictature complète dans les boites.

Mais ils savent qu'en réalité ils sont minoritaires pour faire cela, ils savent que les salariés seront décidés à se battre et ils craignent qu'un affrontement sur le droit de grève devienne un choc frontal dans lequel ce sera soit la classe ouvrière française qui sera défaite, soit Sarkozy.

Le droit de grève n'est pas négociable. Le service minimum imposé par la loi c'est mettre le doigt dans l'engrenage de sa destruction. Par conséquent, nous demandons aux organisations CGT, FO, CFDT, FSU, UNSA CFTC, CGC, Solidaires d'exiger le retrait du projet sur le service minimum et la remise en cause du droit de grève et sur cette base développer des initiatives de lutte dans l'unité syndicale la plus large.

Premiers signataires :

FSU Allier, Christian BARLO (secrétaire général de la CGT CELM, 83500*), Jean-François CHALOT (EPA FSU*), François FERRETTE (membre du bureau national du SNASUB-FSU*), Stéphane FUSTEC (secrétaire adjoint de l’US CGT commerce et services, 75*), Vincent PRESUMEY (secrétaire départemental de la FSU, 03), Henri AMADEI (Emancipation au SNESup-FSU), Emile FABROL (membre de la CE de l'UFICT-CGT des Services Publics), Claude LUCHETTA (responsable SNES-FSU Haute Loire) UDAS (Union des Alternatives Syndicales), CILCA (Courant Intersyndical Lutte de Classe Antibureaucratique), Edouard MARTIN (secrétaire du SNES lycée de Millau, Aveyron), Olivier DELBEKE (secrétaire adjoint CGT OM IGN*), Mayeul CHAMUSSY (Communaux CGT Grenoble), Rémy JANNEAU (SNESup), Sylvie BARENFELD (militante PS Paris 12), Enzo D’AVIOLO, Claude MONNIER (ouvrier retraité), Philippe COMMARET (professeur d’EPS, TZR Aveyron), Françoise SALMON (enseignante), Sylvie PRALONG (enseignante, Montauban 82), Jean POUSSIN (ancien syndicaliste FO, ancien délégué syndical), Natacha SOMMER (chargée d’opérations), Simon CARET (étudiant Sciences Po, Rennes).

Pour vous joindre à cet appel, envoyer nom, prénom et qualité à :
syndicalisme@le-militant.org

(*) Les appartenances sont mentionnées uniquement pour identification. Bien entendu les diverses instances syndicales qui prendraient connaissance de ce texte et en partageraient les orientations sont vivement invitées à le co-signer.



APS appelle ses lecteurs et tous les militants ouvriers à signer et faire largement circuler cet appel. La préparation de l'affrontement avec ce gouvernement mandaté par le capital pour nous faire subir ce que Thatcher et Reagan ont réalisé au début des années 80' est la tache de l'heure. Depuis les élections de mai et juin, les directions syndicales défilent chez Sarkozy et ne disent pas la vérité sur les menaces immédiates. Pire, elles les minimisent. Regroupons-nous sans attendre pour défaire Sarkozy !


17 juin 2007

Nouvelles d'Irak - 2

L'armée irakienne attaque... des grévistes


PETROLE - La guerre civile n'empêche pas les troupes formées par Washington de s'occuper d'un conflit social.

Tandis que syndicalistes, employeurs et diplomates du monde entier participent à la Conférence annuelle de l'Organisation internationale du travail à Genève, les exactions se multiplient en Irak. Cible des autorités irakiennes, la remuante Fédération irakienne des travailleurs du pétrole (IFOU) a le gros défaut de s'opposer au projet de nouvelle loi sur le pétrole, qui confie ce secteur aux transnationales étasuniennes. L'IFOU – qui regroupe quelque 26 000 salariés – est connue pour ses dénonciations de la corruption et pour avoir mené des actions retentissantes en défense des salaires et des conditions de travail malgré un contexte de guerre civile.

Pour ce syndicat indépendant, le Rubicon semble avoir été franchi en mai dernier, lorsqu'il menace, par communiqué, de faire grève après d'infructueuses négociations sur les salaires, les dispositifs de santé et de sécurité et le recours à la main-d'oeuvre temporaire. Surtout, le syndicat se plaint amèrement de n'avoir pas été associé à l'élaboration de la loi pétrolière, approuvée par le gouvernement mais non encore par le législatif.

Selon le président du syndicat, Hassan Juma'a Awad, «dès que la fédération a appelé à la grève, beaucoup de nos syndiqués et militants ont été menacés physiquement par des partis actifs dans le processus politique, dans le but de déjouer la grève et de saper le message des organisateurs de la grève». De quoi susciter de vives inquiétudes dans le contexte d'insécurité irakien, même si la Fédération des travailleurs du pétrole renonçait finalement à la mi-mai à sa mesure de lutte, après une rencontre fructueuse en promesses avec le premier ministre Nouri al-Maliki. Les craintes syndicales vont être rapidement confirmées.

Le 4 juin, une grève spontanée des ouvriers d'un oléoduc de Bassorah met le feu aux poudres. Les travailleurs se plaignent de retards dans le versement des salaires. Ils sont immédiatement rejoints par d'autres ouvriers du secteur qui remettent les revendications de mai sur le métier.

Le lendemain, le gouvernement, qui considère toute grève dans le domaine pétrolier comme illégale, envoie la troupe. Les grévistes sont pris au piège, encerclés par les tanks et survolés par les avions de la coalition! Des ordres d'arrestation sont lancés contre quatre leaders de l'IFOU, dont M. Awad, pour «sabotage de l'économie nationale».

Mercredi 6 juin, la fédération suspend la grève jusqu'au lundi suivant pour permettre la reprise du dialogue. Heureusement pour les ouvriers, la Fédération internationale des syndicats de travailleurs de l'industrie (ICEM) et le collectif de solidarité britannique Naftana ont immédiatement relayé la nouvelle et écrit à Bagdad pour réclamer l'ouverture de négociations.

Le 7 juin, la Confédération syndicale internationale – la plus importante organisation mondiale de travailleurs – se solidarisait à son tour avec le syndicat indépendant, exigeant «le retrait de l'armée de la grève des travailleurs du pétrole» et demandant à l'Etat «de ne pas recourir à des actes d'intimidation à l'encontre des travailleurs». Une pression qui – en pleine conférence de l'OIT – semble avoir fait son effet.

Hier, une délégation de syndicalistes a été longuement reçue par le ministre des Affaires parlementaires, sur mandat du premier ministre. Selon un message de «victoire» adressé par Hassan Juma'a Awad, toutes les charges à l'encontre des syndicalistes ont été abandonnées. En outre, une commission ministérielle de négociation a été instituée en échange de la levée du préavis de grève. Affaire à suivre.
BENITO PEREZ
12 juin 2007

Note : Pour en savoir plus : www.basraoilunion.org

Repris du site Le Courrier de Suisse

02 juin 2007

Le timing de Sarkozy-Fillon

Repris de La Lettre de Liaisons N°217 du 31 mai 2007

Sarkozy ne sera pleinement le président de la V° République que quand il aura constitué une assemblée UMP (et accessoirement "Nouveau centre") aux ordres.

Cette étape est logique du point de vue des institutions. Du point de vue de la classe ouvrière, comme du point de vue de la démocratie, elle est rien moins qu'admissible.

Cependant, tous les dirigeants des partis de gauche donnent pour but aux élections législatives de "limiter la casse" ou d' "équilibrer les pouvoirs"' -un but totalement mensonger car dans la V° République une minorité parlementaire a les mêmes pouvoirs, c'est-à-dire aucun (ou ceux que le président veut bien lui concéder pour qu'elle collabore), qu'elle soit de 10% ou de 49% des députés. Par cet objectif, ils signifient aux travailleurs qu'il n'est pas question pour eux de gagner.

Ces élections législatives sont celles qu'il est interdit de gagner. La palme du cynisme revient à Julien Dray : "Nous serions des Zébulons si nous disions que nous voulons gagner". Des Zébulons : la majorité qui s'apprête à résister réellement appréciera.

Fort de ce soutien, Sarkozy et Fillon peuvent planifier leur offensive, avec le nécessaire mélange de prudence et de détermination auquel ils sont contraints.

Le "contrat unique de travail".

lls annoncent donc le vote de plusieurs "grandes" lois dés l'été, afin de poser autant de faits accomplis à la rentrée, pour que les "partenaires sociaux", c'est-à-dire les syndicats, participent à l'application de leurs décisions.

Leur perspective clef est de modifier les relations de travail de manière définitive dans les entreprises. Dans bien des entreprises, les relations de travail sont d'ores et déjà d'une brutalité totale, mais la soumission des salariés n'est pas acquise et des revirements brusques peuvent se produire. La jeunesse, qui a manifesté contre le CPE et rejeté Sarkozy à une forte majorité, n'est pas disposée à se soumettre pour la vie à la loi du capital. La présence syndicale dans les entreprises (privées) a d'ailleurs augmenté ces dernières années, le nombre d'établissement ayant des délégués syndicaux atteignant 38% selon les chiffres officiels, en 2004-2005.

Cette perspective clef est exprimée et symbolisée dans le thème du "contrat de travail unique". Adopté par l'UMP (et par l'UDF de Bayrou, sous une forme légèrement différente) cet objectif "programmatique" remonte en fait à Sarkozy ministre des Finances : fin 2004 il recevait un rapport, répondant à sa commande, le rapport Cahuc-Kramarz, intitulé De la précarité à la mobilité : vers une Sécurité sociale professionnelle. Ce titre n'est pas choisi au hasard : il reprend ce serpent de mer apparu dans les congrès du PCF au début des années 1990, repris ensuite par la CGT et introduit dans les programmes du PS sous l'impulsion de la direction de la CGT. Sarkozy lançait alors les "Contrats de Transition Professionnelle" consistant à faire financer par les pouvoirs locaux (élus locaux, Chambres de commerce et d'industrie et confédérations intégrées au dispositif) l'allocation de main-d'oeuvre en fonction des besoins, les obligations légales de reclassement des entreprises licenciant disparaissant au passage par ce transfert. Et il prenait le contrôle de l'UMP au même moment, intégrant le "contrat unique" dans son programme.

La ligne directrice du rapport Cahuc-Kramatz consiste à amalgamer CDI et CDD (Contrats à Durée Indéterminée et Contrats à Durée Déterminée) en un "contrat unique". La propagande orchestrée depuis prétend parfois qu'ainsi disparaîtrait l'incertitude du CDD. Le rapport en question explique pourtant que l'intérim, notamment, relèverait du "contrat unique". Or un contrat d'intérim ne peut pas être autre chose qu'un CDD : il y a donc là l'aveu que le "contrat unique" pourrait très bien être un CDD et que les CDD resteraient des CDD.

Ce sont plutôt les CDI, évidemment, qui s'en rapprocheraient !

Les droits à indemnités en cas de licenciement des salariés augmenteraient en fonction de la durée du contrat, selon des modalités que le dit rapport propose mais qui restent évidemment à fixer concrètement. Ces droits à indemnités pourraient éventuellement subsister en passant d'un contrat à un autre, le droit social devenant donc "individuel" : outre que ce point est loin d'être clair, on voit donc qu'il ouvre le principe de droits non plus sociaux, mais individuels et individualisés. A terme, le but est que chaque salarié ait un contrat, ou une série de contrats, individuels, dérogeant aux conventions collectives qui fondent leurs droits réels, et un livret de travail comme on disait au XIX° siècle, un dossier emploi-formation "tout au long de la vie" comme on pourrait dire aujourd'hui, les suivant dans leurs "parcours professionnels individuels sécurisés".

Ce sont ces indications données par le ministre des Finances Sarkozy, que le premier ministre De Villepin a reprises à partir de son arrivée à la tête du gouvernement, en juin 2005. Il a fondé sur elles ses deux mesures clef : le CNE dans les petites entreprises, et le CPE à l'encontre des jeunes, qui a eu le sort que l'on sait, Sarkozy se faisant silencieux sur le sujet au passage, pour un temps. Le CNE est resté en place, instituant le précédent du licenciement sans motif. La possibilité de licencier sans limites est en effet le vrai contenu de ces projets, le socle sans lequel ils perdraient leur intérêt économique pour le patronat, et leur intérêt pour refonder le rapport de force social et les relations de travail.

Telle est la perspective générale, historique pourrait-on dire, de ce gouvernement.

La politique anti-grève : l'objectif, c'est le "privé".

Elle n'est pas séparable d'une politique anti-grève qui, là encore, vise à protéger la production de plus-value. L'accent médiatique est mis sur la question du service minimum dans les transports en commun, mais ceux qui sont visés à terme sont les travailleurs qui paient ces transports.

En effet, N. Sarkozy déclarait, dés le 22 juin 2006 à Agen : "A celui qui est contre la grève obligatoire imposée par une minorité, je propose la démocratie par l'organisation obligatoire d'un vote à bulletin secret dans les huit jours qui suivront tout déclenchement d'un mouvement social." Au congrès de l'UMP du 14 janvier dernier il y refait allusion. Le 29 janvier, dans le journal patronal La Tribune, Xavier Bertrand, maintenant ministre des "relations sociales", expliquait la tactique consistant à taper d'abord sur les fonctionnaires et les travailleurs des services publics et des entreprises nationales (en cours de privatisation), pour diviser les travailleurs et pour affaiblir d'abord les plus organisés, et il indiquait aussi que la jeunesse étudiante était visée : "Ces nouvelles règles s'appliqueront d'abord dans les entreprises en charge d'un service public, dans les universités et dans les administrations.". Quelques jours plus tard, le 1° février, Rachida Dati précisait bien que ce sont tous les travailleurs du "privé" qui sont visés : "Le vote à bulletin secret commencerait par le service public et pourrait être élargi au privé d'une manière générale."

Il est important de faire connaître ces objectifs réels compte tenu de la discrétion présente du gouvernement et aussi des centrales syndicales sur la cible finale et décisive : les travailleurs dans les entreprises. Ce qui est à relier aussi à l'inclusion de la jeunesse étudiante dans ce programme : les gouvernants ont compris que les formes de lutte contre le CPE étaient d'authentiques piquets de grève et y avaient initié de larges couches de la jeunesse qui est en train d'arriver sur le marché du travail.

Quand Sarkozy proteste contre "la grève obligatoire imposée par une minorité", il peut au nom de la "démocratie" dénoncer comme illégitimes la presque totalité des grèves. Il est en effet rarissime qu'une grève soit souhaitée par une large majorité à la suite d'un débat serein et dépassionné pesant le pour et le contre, que ce soit à l'échelle d'une entreprise, d'une branche ... ou d'un pays. Pour une raison bien simple : le mode de production capitaliste consiste dans la vente obligatoire de sa force de travail pour pouvoir vivre, et non garantie, imposée à une majorité par la minorité qui détient les moyens de production. Cela à l'échelle de la société. Le corollaire à l'échelle de l'entreprise en est obligatoirement le despotisme, ouvert et avoué ou "participatif", que le patron soit un type sympa ou une peau de vache. L'inégalité entre employeur et employé est d'ailleurs inscrite dans la notion même de contrat de travail et constitue le fondement du droit social, censé la corriger (sans y arriver, évidemment, ce qui n'en diminue en rien la nécessité tant que le salariat n'est pas aboli ! ).

La grève a toujours été un acte construit par l'initiative de minorités déterminées ou organisées, qui ont su cristalliser le désir de la majorité qui, autrement, demeurait refoulé et réprimé. L'acte véritablement démocratique, c'est la grève. Le droit de grève n'aurait jamais été conquis sans des initiatives "anti-démocratiques", des mises devant le fait accompli (les portes sont fermées, il y a un piquet ...), des actes de violence sans lesquels aucune légalisation ne serait jamais intervenue. La grève est illégale par essence. La grève n'est pas simplement l'acte par lequel on refuse de travailler à un moment donné. Elle modifie les rapports existants et créé un climat dans lequel les travailleurs discutent, s'ouvrent les uns aux autres de nouveaux horizons, se découvrent et découvrent leur force. Les assemblées générales, organisme vivant groupant le collectif de travail devenu collectif de grève, sont le lieu par excellence de ce travail collectif de soi sur soi. La grève par son existence même, et par ce qu'elle permet -piquets, assemblées, discussions, organisations, comités élus, unité syndicale, coordination des délégués ...- pose des questions qui vont au delà de ses motifs limités : elle met en cause, par cela même qu'elle l'interrompt fut-ce si peu, le principe de l'exploitation et l'ordre politique qui le soutient.

Sarkozy n'est peut-être pas le génial disciple de Gramsci que semblent s'imaginer certains, mais nul doute que lui et ses conseillers ont conscience de la réalité de ce qu'est "la grève" et que c'est à cela qu'ils en ont.

La question n'est ni strictement économique, ni celle de la "gène" des usagers.

D'un point de vue strictement économique, les grèves dans les entreprises sont en diminution. Ce phénomène est lié, depuis les années 1980, au recul syndical et au redéploiement de la production que la politique de la gauche au pouvoir et des directions syndicales ont permis (qu'il suffise de rappeler qu'aucun appel véritable à la grève interprofessionnelle dans les entreprises n'a été lancé par les confédérations en France depuis 1977, date qui précède la précarisation massive du travail et la formation du chômage massif). Mais il est également lié à l'évolution même du capitalisme : une grève dans une "PME" isolée est très difficile -bien qu'il s'en produise, parfois de manière brève et explosive sur un mot de trop- car toutes sont sous-traitantes des mêmes groupes et en concurrence les unes avec les autres, ce qui fait que la grève n'est réellement envisageable, sur des revendications importantes, qu'à l'échelle d'une branche, d'un site, ou des deux. Mais la réalité de la grève dans les entreprises, en termes de journées de travail "perdues" pour les patrons, est actuellement faible.

Quand aux grèves dans les transports en commun si souvent invoquées, les statistiques de la SNCF rapportent en fait seulement, en tout et pour tout, 3% des retards et trains manqués à des grèves. Chiffre infime en comparaison du battage qui est fait. La réalité pure et simple est que moins il y aura de grève, plus il y aura de retards dans les trains et dans le RER, car le démantèlement du service progressera plus vite.

Ce n'est donc pas pour la "gène" ni pour le "manque à gagner" des malheureux employeurs que le gouvernement veut sévir contre le droit de grève.

C'est parce qu'il a conscience du danger de regroupement des travailleurs et qu'il veut y couper court. Si les cheminots sont visés c'est à cause de la grève de 1995, dans laquelle ils avaient reçu le soutien de la masse des travailleurs "qui ne pouvaient pas aller travailler". Si les enseignants sont visés c'est à cause de 2003, où leur grève généralisée avait failli défaire le gouvernement Raffarin. Si les étudiants et les lycéens sont visés c'est à cause de 2006 et de leur victoire sur le CPE. Les objectifs "sociaux" du gouvernement sont entièrement politiques.

Le vote à bulletin secret sous contrôle d'huissier vise à refaire de chaque gréviste un travailleur individuel ayant vendu individuellement sa force de travail, à le dessaisir de sa grève et à en casser la dynamique, pour finalement rendre toute grève impossible, remplacer les piquets de grèves par des cordons de policiers ou de nervis patronaux. Cela ne fera que les rendre illégales, mais le rapport de force si ces mesures entraient dans la vie serait durablement détérioré pour les travailleurs, comme cela s'est passé dans la Grande-Bretagne de Mme Thatcher. Il est d'ailleurs évident que le discours sur le "vote à scrutin secret au bout d'une semaine" ne peut être qu'un début, car il est souvent plus facile d'interdire une grève que de la briser une fois qu'elle est lancée. En Grande-Bretagne le vote secret est un préalable à toute grève, sa valeur ne dure que pour 4 semaines, les grèves interprofessionnelles et de solidarité sont interdites, la justice peut être saisie par l'employeur et si elle estime que les motifs n'étaient pas bons les "responsables" peuvent être légalement licenciés. Voila le régime dictatorial auquel aboutit leur "démocratie". Rien d'autre que le travail ou le chômage obligatoires imposés par la minorité capitaliste. Voila le régime que les travailleurs britanniques tôt ou tard devront détruire par des grèves illégales massives.

Politique anti-grève et service "minimum".

Conscient du rapport de force réel, à la différence des théoriciens du masochisme de gôche pour qui le "populisme" est déjà au pouvoir, Sarkozy le "gramscien" prend ses précautions. Il n'insiste plus trop sur son projet concernant les entreprises, qui n'est cependant pas du tout enterré. Et il reçoit les dirigeants syndicaux. Il les reçoit même sans arrêt. C'est à vous donner le tournis en réceptions. Et les dirigeants syndicaux ressortent, qui "rassuré", qui ayant obtenu une "clarification", qui ayant eu des "assurances" ... que tout "se passera dans la concertation".

Au moment où la mise en cause du droit de grève est à l'ordre du jour, la principale centrale de la classe ouvrière française, la CGT, n'a qu'une seule initiative centrale avant les élections législatives : un "meeting national" à Dunkerque, le 4 juin, pour obtenir des départs anticipés en retraites pour les personnes ayant un travail pénible. Juste revendication à ceci prés ... qu'elle repose explicitement sur l'acceptation de la loi Fillon qui va faire partir toujours plus tard l'ensemble des travailleurs ! Le tract d'appel à ce "meeting national" ne mentionne la loi Fillon de 2003 contre les retraites qu'une seule foi : pour dire qu'il est regrettable que "ce problème de retraite anticipée" n'ait pas été réglé par elle, car cela aurait pu se faire dés 2003 !

Quel message : à la veille de législatives où Sarkozy demande une chambre aux ordres pour casser le droit de grève et le contrat de travail, Bernard Thibault fait un "meeting national" pour aménager la loi Fillon contre les retraites, et puis c'est tout !!!

Sarkozy est conscient du rapport de force réel et sait aussi sur qui il peut compter.

L'objectif pour son gouvernement est d'avoir instauré le dit "service minimum" au moins à la SNCF avant la fin 2007. Et de "négocier" le "nouveau contrat de travail" dans le courant de l'année 2008 (et liquider les régimes spéciaux, ces soi-disant "privilèges" qui représentent en réalité le danger vivant d'un retour aux 37,5 annuités pour tous ! ). Ainsi, les choses sont parfaitement claires.

Les toutes premières attaques gouvernementales vont donc cibler : fonctionnaires, cheminots, étudiants, parallèlement aux lois "sécuritaires" également en préparation et aux expulsions de sans-papiers.

Un point qu'ils n'ont sans doute pas encore tranché, c'est de savoir si l'opération "service minimum" concernera aussi les enseignants. Mais au fait, qu'est-ce que le "service minimum" ?

Légalement, celui-ci existe déjà dans les Hôpitaux, et à travers l'obligation d'accueil, à défaut d'enseignement, des enfants dans les établissements scolaires. De plus, à chaque grève massive, les grévistes savent organiser eux-mêmes leur "service minimum" tout en poursuivant la grève contre les patrons. Ni en 36, ni en 68, les soins médicaux publics n'ont été stoppés. Et dans les transports, un "service minimum" ... sans faire payer les billets frapperait durement l'employeur si les fédérations syndicales osaient ! Les grèves réelles, les grèves totales, ménagent toujours un certain "service minimum", pas pour l'employeur, mais pour les travailleurs et la population eux-mêmes. Mais de ce "service minimum" là nos gouvernants ne veulent surtout pas, car il procède de la grève !

Une législation imposant le "service minimum" ne saurait absolument être rien d'autre qu'une législation anti-grève. On peut tourner, retourner cette histoire comme on veut, ce qui est ici visé, c'est le droit de grève, rien que le droit de grève mais tout le droit de grève avec tout ce qu'il implique.

C'est pourquoi on ne peut que s'interroger devant cette déclaration de Didier Le Reste, secrétaire général de la CGT Cheminots : "La CGT-Cheminots est disponible pour discuter de l'amélioration du dialogue social et d'une meilleure prévention des conflits, mais elle ne se mettra pas autour de la table pour négocier la remise en cause du droit de grève." Donc, elle ne devrait pas se mettre "autour de la table" pour négocier la mise en place du "service minimum" ? Mais alors pourquoi ne pas le dire ? Parce qu'on a quand même l'intention de se "mettre à table" ? Pour manger quel plat ?

Il est vrai que Didier Le Reste intervient ici, quelques jours après une déclaration de Bernard Thibault expliquant au Monde le 10 mai dernier, à propos du "service minimum", que "ce n'est pas au niveau interprofessionnel qu'il faut traiter ces questions."

Non. La question du service minimum; c'est la question du droit de grève. La question du droit de grève, c'est celle du droit de toute la classe ouvrière à exister, ni plus, ni moins. Elle est interprofessionnelle, elle est nationale, elle est politique. Au plus haut point.