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30 mai 2009

75ème anniversaire de la grève de Toledo

De février à juin 1934, les travailleurs de l'entreprise Electric Auto-Lite à Toledo dans l'Ohio menèrent l'une des 3 grandes luttes, avec celle des Teamsters de Minneapolis et celle des marins et dockers de San Francisco, annonciatrices du soulèvement des travailleurs américains qui aboutit à l'émergence du CIO, Congress of Industrial Organizations, centrale syndicale dont les méthodes et les buts rompaient avec le conservatisme réactionnaire de la direction de l'AFL.

Dans chacune de ces grèves, la présence de noyaux militants socialistes (dans le sens anglo-saxon et non franchouillard) fut un des éléments décisifs de l'emploi conscient de méthodes de lutte de classe qui s'avérèrent efficaces pour l'amélioration de la condition des salariés et pour l'extension de l'organisation de la classe ouvrière.

Malheureusement ce mouvement de la classe ouvrière vers son indépendance n'aboutit pas à la constitution d'un parti du travail organisant politiquement celle-ci sur la base de ses intérets propres, en rupture et en opposition aux partis bourgeois.

Pour avoir une idée de l'ambaince régnant à Toledo en ce printemps 1934, voir sur Youtube...Evidemment, on est loin du "dialogue social" à la Thibault-Chéréque-Le Duigou

17 juillet 2008

Appel pour une conférence sur l’héritage de Léon Trotsky et du trotskisme US : hier, aujourd’hui, demain.

Une conférence sur le thème de l'héritage de Léon Trotsky et du trotskisme US aura lieu les 25-26-27 juillet à Fordham University, dans le Bronx à New York. Cette initiative est lancée par d'anciens militants du SWP avant que celui-ci ne devienne complètement castriste sous la direction de Jack Barnes.

Nous reproduisons à titre de document l'appel initiateur de cette initiative. Nous reviendrons sur son contenu dans un prochain article.
APS


Appel pour une conférence sur l’héritage de Léon Trotsky et du trotskisme US :
hier, aujourd’hui, demain.

Nous vivons en des temps à la fois terribles et passionnants, pendant lesquels une nouvelle couche de militants est en train de venir à des luttes dont d’anciens membres du Socialist Workers Party ont été les protagonistes dans le passé. Ensemble, vétérans et nouveaux jeunes militants, nous souhaiterions organiser une conférence pour dialoguer en vue d’une meilleure compréhension des luttes passées et présentes, pour clarifier les questions en jeu et pour construire le mouvement socialiste, aujourd’hui et demain.

Il était devenu clair pour nombre d’entre nous que les événements présents sont en train de réactiver une importante couche d’anciens camarades du SWP, et qu’il y a le désir de la part d’une couche ayant rempli des rôles dirigeants dans le vieux SWP de reprendre contact les uns avec les autres. Beaucoup ont commencé par se rencontrer sur le terrain social, ce qui nous a conduit à collaborer politiquement pour monter des meetings ou engager des discussions autour du livre de Barry Sheppard, du travail de défense légal de Lynne Stewart, du mémorial consacré à Caroline Lund, et du mouvement anti-guerre. D’autres camarades ont été impliqués dans la traduction des discours et des écrits de Célia Hart pour le compte de nombreux sites web et dans la participation à des groupes de discussion électronique marxistes. Certains travaillent avec Labor Standard et Socialist Action, dans Solidarity, l’ISO, Socialist Organizer et d’autres organisations. Barry Sheppard et Paul Le Blanc ont écrit des livres relatant leurs expériences et les conclusions qu’ils tirent des 40 dernières années. Ces développements sont tous hautement significatifs et très positifs.

Beaucoup d’entre nous, néanmoins, ont ressenti le manque d’un cadre socialiste unifié pour les camarades trotskistes pour collaborer ensemble et partager des perspectives sur ce qui est en train de se produire politiquement aux USA et dans le monde. Cela survient dans une période où les écrits de Celia Hart et les commentaires de Hugo Chavez, parallèlement aux discussions en cours dans l’ISO et dans d’autres organisations de gauche, ramènent l’attention sur les idées de Léon Trotsky et sur ses analyses de la révolution permanente et de l’Union soviétique. Pour de nombreuses raisons, nous ne cherchons pas à suggérer que la conférence proposée cherche à recréer une organisation comme le vieux SWP (ou toute autre organisation) pour le moment. Mais, nous avons espoir que les années écoulées ont été une opportunité pour la réflexion, pour un développement personnel et politique, nous offrant la possibilité à la fois de transmettre les aspects les plus précieux de notre époque dans le SWP et aussi de participer avec d’autres à création d’une compréhension plus profonde et plus efficace. Il y a encore et toujours un besoin d’approfondir et de développer la pensée, la stratégie et l’action révolutionnaires.

Il est précieux de préserver les meilleures traditions du SWP parmi les cadres toujours vivants. Nous ne devrions pas nous sous-estimer les uns les autres et peut-être, dans notre maturité, pouvons nous nous permettre un respect mutuel et une reconnaissance qui a si souvent fait défaut à l’égard des différences et entre nous au sein du SWP. Sous la pression des événements, à ce moment critique qu’offrent le réchauffement global, la mondialisation et l’état de guerre, il devrait être tout simplement naturel pour de vieux militants expérimentés de se retrouver. Nous avons l’intention de partager notre expérience, notre force et notre espoir dans l’avenir, et de transmettre notre connaissance à de nouvelles générations.

Comme résultat de nos efforts collectifs au sein du SWP, nombre d’entre nous ont développé une compréhension importante des concepts tels que la révolution permanente, l’analyse des états ouvriers et du stalinisme, le centralisme démocratique, la libération nationale, le racisme, le patriarcat, l’oppression de genre ou d’orientation sexuelle. Alors que le monde d’aujourd’hui présente un aspect différent, une bonne appréciation de ces questions fournit encore des réponses importantes aux dilemmes qu’affronte le genre humain. Ils restent cruciaux pour les nouvelles générations de militants. Nous croyons que la tradition marxiste révolutionnaire, que nombre d’entre nous ont essayé de défendre à travers le SWP, et ont continué de mettre en avant depuis la dégénérescence de cette organisation, est une contribution essentielle pour élaborer toute compréhension du monde contemporain.

Conception de la conférence

Nous avons l’intention de nous concentrer sur ce que nous avons en commun et sur ce que nous pouvons réaliser ensemble. C’est dans un esprit d’optimisme révolutionnaire et d’unité que cette proposition de conférence est formulée. Nous invitons les autres à partager leurs pensées sur les possibilités. Il semble qu’il existe plusieurs composantes qui pourraient donner sens à une telle conférence.

Perspectives théoriques et politiques

Que reste-t-il de pertinent dans la tradition théorique et politique trotskiste ? Quelles indications nous fournissent les développements de la fin du 20ème siècle et du début du 21ème au regard de la valeur de concepts tels que la révolution permanente, les états ouvriers (et / ou les gouvernements ouvriers et paysans), la démocratie ouvrière, le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière, le potentiel révolutionnaire des mouvements des Afro-américains, des Chicanos, des femmes et LGBT, Lénine et la conception du parti d’avant-garde et du centralisme démocratique, la question nationale, et la relation entre les luttes démocratiques et la lutte révolutionnaire ?

Que faire maintenant ?

Qu’elle est la meilleure façon de s’organiser pour changer le monde d’aujourd’hui ? A quelle situation politique sommes-nous confrontés, en particulier pour ceux qui continuent à vouloir créer une société socialiste ? Quelle est la situation à Cuba aujourd’hui et comment cela affecte-t-il la révolution permanente en Amérique latine dans des pays tels que le Venezuela et la Bolivie ? Quelle est la dynamique créée au Moyen-Orient par la construction de l’Empire US et les guerres US ? Que se passe-t-il à gauche, dans les syndicats, dans le mouvement pour les droits des immigrés, dans le mouvement anti-guerre, parmi les défenseurs de l’environnement, et dans les autres mouvements sociaux ? Et que font les anciens issus de la tradition du SWP (et / ou que devraient-ils faire) ?

Projets et mise en réseau

Il y a un certain nombre de projets qui ont déjà été amorcés et d’autres qui sont à même de fournir des opportunités pour une collaboration et une action unie :

1) Les Marxist Internet Archive et le projet ETOL (Encyclopedia of Trotskyism On-Line) ;

2) L’initiative de Kipp Dawson pour aider les gens à rassembler leurs souvenirs relatifs à leurs expériences politiques au sein du SWP et de la YSA.

3) L’effort de Barry Sheppard pour produire un important ouvrage de mémoires consacré au SWP de 1960 à 1988 et relié à des discussions en cours sur le déclin du SWP.

4) La publication sur Internet de Labor Standard, la constitution de la Holt Labor Library, les collectes de documents telles que celles relatives aux papiers de Breitman et Lovell à la Tamiment Library (et les efforts passés pour les mettre en lumière lors d’une conférence et au travers de publications).

5) Un certain nombre de campagnes politiques, dans les syndicats, dans le mouvement anti-guerre, et autour d’un certain nombre de questions, comme la santé et l’écologie, dans lesquelles de nombreux anciens militants du SWP sont investis.

6) Des projets futurs de publications pour préserver l’héritage de Trotsky.

7) La défense de la Révolution cubaine et les efforts pour faire connaître les réflexions de Célia Hart et Chavez sur Trotsky à un public plus large.

8) L’invitation de révolutionnaires d’autres pays pour des réunions communes aux USA.

9) Le travail de défense de Lynne Styewart, Mumia Abu-Jamal et Gary Tyler.

Donner du sens à ce que nous avons vécu

Se remémorer les expériences politiques et les camarades qui ont été importants pour nous, comment pouvons nous mieux comprendre la signification historique et les contributions du SWP ? Comment, quand et pourquoi a commencé le déclin du SWP ? Comment doit-on interpréter ce déclin ?

Les suggestions pour mettre en œuvre cette proposition de conférence comprennent jusqu’à maintenant :

1) Une événement sur trois ou quatre jours, durant l’été (probablement en 2008), peut-être lors d’un camp d’été ou un cadre comme Oberlin. Inclure quelques activités récréatives et sociales adaptées non seulement aux camarades participants mais aussi pour les familles et/ ou partenaires. Il pourrait y avoir des tables rondes, des ateliers, des séances de brainstorming en petits groupes, des séances plénières, des forums publics. Il faudrait avoir recours à pleins d’enregistreurs audio et vidéo, et même envisager des opérateurs payés pour ce matériel.

2) Un événement de trois jours à New York ou son agglomération de façon à impliquer de nombreuses forces qui sont déjà organisées là et d’autres tendances.
(Les suggestions 1 et 2 n’ont pas besoin d’être exclusives)

3) Inviter Celia Hart en personne, si possible, à défaut utiliser un film ou une technologie interactive pour discuter de la situation présente à Cuba, Cuba comme exemple de la révolution permanente, la défense de la Révolution cubaine et l’impact de Cuba sur les luttes en cours en Amérique latine. Chercher à ramener des Vénézuéliens et d’autres Latino-américains à cette conférence pour discuter de leur situation.

4) Parmi les activités préliminaires inclure des rassemblements préparatoires en 2007 (peut-être en se focalisant sur les actions réalisées par Barry et Kipp).
5) Des intellectuels marxistes peuvent vouloir se rapprocher de façon individuelle de nos efforts (et ils doivent être les bienvenus) et la même chose doit se faire concernant plusieurs entités politiques y compris : la Quatrième Internationale, Socialist Action, l’International Socialist Organization, la Workers International League, Socialist Voice (Canada), le groupe Democratic Socialist d’Australie, Socialist Organizer, parmi d’autres. Nous devons inviter des représentants de tels groupes à notre conférence, comme observateurs ou comme participants.

6) Une discussion à partir d’une liste électronique, avant la conférence, des sujets proposés, peut-être avec un groupe de discussion Yahoo, devrait faciliter le processus de construction de la conférence.

7) Ceux d’entre nous qui signent cet appel se constituent en comité d’organisation initial de la conférence qui devrait pouvoir être étendu à d’autres. Nous conduirons la discussion de façon plus approfondie pour planifier une conférence selon la ligne de conduite de la tradition trotskiste, mettant en commun les ressources financières et les énergies pour faire advenir cette conférence. Ce comité d’organisation est composé de gens qui feront de leur mieux dans un état d’esprit ouvert, avec une écoute attentive, et de façon flexible, engagée et non sectaire.

Tom Bias, Steve Bloom, Robin David, Alexei Folger, David Keil, Paul Le Blanc, Ahmed Shawki, Sharon Smith, Asi Somburu, Kwame Somburu, Zakiya Somburu, Linda Thompson, Dave Walters.

traduction par nos soins

11 octobre 2007

From Wobbly to Bolshevik


FROM WOBBLY TO BOLSHEVIK.

Bryan D. Palmer, auteur d'une biographie récemment publiée, intitulée James P. Cannon and the Origins of the American Revolutionary Left, 1890-1928, donnera un exposé à la Tamiment Library de New York City (70 Washington Square South) le vendredi 12 Octobre à 18h30.

Cette réunion est hébergée par Tamiment and sponsorisée par cinq organisations socialistes : le Freedom Socialist Party, International Bolshevik Tendency, la Prometheus Research Library [liée à la Spartacist League], Socialist Action and le Socialist Equality Party.

22 avril 2007

Une introduction à Max Shachtman

Max Shachtman a été l’un des deux plus éminents porte-parole et représentants du mouvement trotskiste aux Etats Unis de la fin des années 20’ au début des années 60. L’autre était James P. Cannon. Mais Shachtman est plus connu pour son rôle dans la scission qui survint dans le mouvement trotskiste au début de la Seconde Guerre Mondiale.

Tandis que les historiens académiques et les journalistes rabaissent de façon routinière les opposants au New Deal de Roosevelt et en particulier à la politique vers la guerre de celui-ci, au rang de « conciliateurs », d’« isolationnistes », de profascistes ou tout simplement de fêlés, en ce temps-là, l’opposition la plus ouverte et la plus efficace à cette administration est venue de la gauche.

Les Partis socialiste et communiste, nouvellement revigorés par la catastrophe de la Grande Dépression, les militants des nouveaux syndicats d’industrie du CIO, les dirigeants de la campagne pour les droits civils des Afro-américains, et même de nombreux libéraux de gauche virent le New Deal comme seulement une tentative pour sauver le capitalisme de la banqueroute en faisant le minimum de réformes nécessaires pour décapiter la révolte. Et les préparatifs de guerre de ce même régime furent vus par ces mêmes forces comme une sinistre tentative de détournement de la révolte anticapitaliste croissante en une répétition sanglante et démoralisante de la Première Guerre Mondiale.

Les trotskistes, bien que peu nombreux, exercèrent une influence considérable sur la gauche parce qu’ils combinèrent un engagement féroce pour la révolution avec un rejet méprisant des chants et de la brutalité du régime de Staline, comme de ses tentatives évidentes de parvenir à des accommodements avec les états capitalistes au moment même où il liquidait non seulement les gains réalisés par la Révolution d’Octobre mais aussi les révolutionnaires eux-mêmes. Les talents de polémiste et d’écrivain deShachtman contribuèrent grandement à cette cause. Son exposé des Procès de Moscou fut l’un des moments phares de la campagne contre la chasse aux sorcières déclenchée contre les dirigeants de la Révolution d’Octobre.

Le pacte Hitler-Staline de 1939 jeta la confusion parmi toutes les tendances politiques mais il fut dévastateur pour le mouvement trotskiste. Trotsky lui-même avait anticipé la possibilité d’une telle alliance avec l’un ou l’autre des grands blocs. Savoir si Staline choisirait l’Axe ou les Alliés serait déterminé par des considérations du moment mais pas de principe. Mais Trotsky avait aussi espéré que cette alliance s’accompagnerait de concessions majeures envers le capitalisme quelque soit l’allié choisi parStaline. Néanmoins, le pacte Hitler-Staline fut accompagné d’une campagne agressive contre la classe capitaliste en Pologne et des tentatives de faire de même en Finlande.

La question devint alors : devons-nous, nous les trotskistes, soutenir ou non ce régime qui exproprie la classe capitaliste et incorpore de nouvelles régions au sein du nouvel ordre collectiviste. Ce régime est-il encore, d’une certaine façon, de «notre côté » ? Shachtman se mit à la tête de ceux qui optèrent pour un «Troisième camp » de la classe ouvrière et des opprimés en général à la fois contre les vieux états capitalistes et contre la nouvelle classe exploiteuse engagée dans la lutte pour la puissance.

Shachtman lui-même n’était pas un innovateur ou un éclaireur dans ces développements politiques. Le vieux trotskiste Joseph Carter et le dirigeant des Jeunesses socialistes qui avait rejoint les trotskistes,Hal Draper, étaient plus affirmés théoriquement et Shachtman eut tendance à les suivre. Mais son prestige en tant que porte-parole dirigeant du mouvement trotskiste aux USA et à l’étranger força à prendre en considération sérieusement ce nouveau mouvement. Et de plus, Shachtman fut toujours un brillant polémiste et popularisateur et sa personnalité énergique fit de lui un formidable opposant.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale et la période MacCarthiste, les adhérents de la tendance du « Troisième Camp » jouèrent un rôle éminent hors de proportion avec leur nombre dans les syndicats, dans les mouvements pour les droits civils, pour les libertés civiles et anti-guerre. En particulier, durant la Seconde Guerre Mondiale, quand les libéraux de concert avec le Parti communiste et sa périphérie devinrent des apologistesacritiques de l’administration Roosevelt et de ses attaques contre l’indépendance syndicale et contre les droits civils, attaques qui jetèrent les bases pour la période MacCathy qui devait venir ensuite, Shachtman et ses camarades furent parmi les rares forces efficaces de dissidence. (1)

Malheureusement, il y a une triste note à la carrière de Shachtman. Au début des années 50, il amorça une évolution vers la droite en réponse au climat décourageant de la Guerre froide. Il termina en tant que supporter de la Guerre froide (Cold Warrior) et en apologiste de l’aile Meany de l’AFL-CIO. Mais ceci ne saurait diminuer la valeur de ses contributions antérieures au mouvement.

Ernest Haberkern (2)
Source : http://www.marxists.org/archive/shachtma/intro.htm

Notes :

1) Le livre de Nelson Lichtenstein
Labor’s War at Home constitue le seul compte-rendu détaillé et sérieux de cette histoire importante en grande partie occultée.

2) Ernest Haberkern est le responsable du Center for Socialist History de Berkeley Sur le web : http://csh.gn.apc.org/