31 mars 2014

Qu'est-ce qu'un parti révolutionnaire ?


    Traduction du texte de Sean Matgamna de juillet 2013 intitulé "Why the crisis of the SWP begs the question : what is a revolutionary party ?
    Texte en français
    Source en anglais :
    http://www.workersliberty.org/story/2013/07/14/why-crisis-swp-begs-question-what-revolutionary-party

     

16 janvier 2011

Vive la révolution en Tunisie !

Au Maghreb, au monde arabe, à l'Afrique, à l'Europe, au monde, le prolétariat, la jeunesse et le peuple de Tunisie montrent la voie !


Révolution !



Le mot s'est imposé à tous, les Tunisiens l'ont imposé : révolution !

Révolution : "irruption violente des masses dans le domaine où se règle leur propre destinée" (Trotsky). C'est bien de cela qu'il s'agit !

Ni Dieu, ni César ni tribun : c'est le jeune diplômé chômeur Mohamed Bouazizi de Sidi Bouzid qui, par son suicide, fut l'étincelle de la révolution qui a reconstruit par le bas la nation tunisienne contre l'État, contre les exploiteurs et contre les statues de tyrans et de grands chefs !

La révolte de la jeunesse s'est généralisée, les ouvriers et la masse de la population s'y sont mis, la liberté s'est imposée dans la rue au prix des morts et des martyrs. Ben Ali a commencé à reculer, le peuple a compris qu'il fallait maintenant passer à l'action. Depuis le mercredi 12, la consigne avait circulé partout : c'est vendredi, ce sera vendredi le jour de la grève générale et de la grande manifestation à Tunis pour chasser Ben Ali.

La nation s'est concentrée et unie contre le pouvoir exécutif au service du capital et de la corruption. Toute la journée du 14 la manifestation centrale avec une intelligence spontanée et héroïque propre aux révolution, a travaillé à disloquer les forces de répression pour que les armes changent de camp.

Là, ils faisaient face aux nervis du régime leur faisant comprendre que c'est le juste châtiment qui les attend, la détermination de la vengeance populaire.

Ici, ils embrassaient les militaires et certains policiers, les contraignant à leur serrer la main, paralysant leur détermination à obéir aux ordres.

Militaires et policiers ont senti qu'ils avaient le choix entre l'affrontement dans lequel leur propre sécurité physique n'était plus assurée, et le ralliement au peuple.

Les choses en étaient là, alors qu'en fin d'après midi les résidences de la famille Trabelsi (le clan de l'épouse de Ben Ali) étaient prises d'assaut, quand le premier ministre Ghanouchi, jusque là pratiquement inconnu du peuple et du monde, et des généraux, ont annoncé le "départ" de Ben Ali. De peur que l'assaut populaire ne les emporte tous, ils l'ont fait sortir par la petite porte de derrière.



La révolution ne fait que le jeu du peuple et de la démocratie.

Ainsi furent balayés par la meilleure des leçons, celle des actes, les peurs et les préjugés sur le fait que derrière la fin d'une dictature il pourrait y avoir complot étranger ou menace islamiste. Quand des barbus islamistes apparaissent dans les manifestations, les gens les font se retirer. La démocratie c'est le peuple et personne d'autre, ce ne sont pas seulement les "gens cultivés de la société civile". Les peuples tunisien, mais aussi algérien, égyptien, libyen, syrien, irakien, et même les Palestiniens envers l'Autorité palestinienne, ont trop souffert de la condescendance élitiste des technocrates et des stratèges "laïques" qui parlent en leur nom et accouchent au final du seul ordre de la terreur militaire et policière. Ces élites "laïques" et "éclairées" dont le vrai modèle est la Turquie kémaliste, en confisquant la "culture" avec les privilèges du pouvoir, ont en vérité fait le lit de l'islamisme. Mais l'islamisme lui aussi n'est plus neuf du tout et les peuples en ont fait l'expérience.

Cette condescendance qui se mue en haine (voyez les propos de l'ambassadeur démissionnaire de la Tunisie à l'ONU qui fantasme sur les "islamistes" et les "hordes anarchistes" qui vont venir "violer" les bons citoyens dans leurs maisons ! ) a reçu le leçon qu'elle mérite. Cette leçon vaut pour tout le monde arabe et avant tout pour le voisin algérien ...

La jeunesse tunisienne, et n'en doutons surtout pas ses sœurs de tout le Maghreb aussi, était et est en avance sur la pensée des politologues et des commentateurs condescendants : elle a fait le bilan du "nationalisme arabe" corrompu et dictatorial et de son fils, l'islamisme réactionnaire, elle n'en veut plus, ni des uns ni des autres.

Au fait, il est allé où, Ben Ali ? Le bruit qui a couru, repris d'abord par Al Jazira, selon lequel c'était à Paris, a certainement un fondement. Nul doute que son ami Sarkozy et ses services ont œuvré à lui trouver un point de chute, et peut-être même ont ils dû lui expliquer que la France serait un choix dangereux, non seulement pour lui ... mais aussi pour eux !

Alors, Ben Ali est allé en Arabie Saoudite.

Monsieur l'héritier du nationalisme bourgeois "arabe", Monsieur l'épigone de la génération de Bourguiba, Monsieur le rempart contre l'islamisme, Monsieur le dictateur, certes, mais "progressiste" et "éclairé", dont avait bien besoin ce peuple inculte de jeunes sauvages, d'ouvriers avides, de paysans superstitieux et de cybercriminels en puissance, Monsieur le mur protecteur de l'Occident comme de l'arabité, Monsieur en costume trois pièces, Monsieur le donneur de leçon en développement durable et bonne gouvernance, le voila chez le roi Saoud, au pays du voile obligatoire. Les piliers du vieil ordre se rejoignent. Quel symbole ! C'est au peuple tunisien de juger et condamner Ben Ali.

Quelles perspectives ?

Ceux qui ont évacué Ben Ali et l'ont soustrait au jugement populaire se sont autoproclamés gouvernants de la Tunisie. Dans la nuit qui a suivi, ils ont tenté d'imposer un couvre-feu précaire et en même temps, des bandes louches de flics et de lumpens ont commis des déprédations. L'affrontement entre le peuple et l'appareil d'État continue.

On parle d'élections libres, de retour ( ? ) à la démocratie, et de gouvernement d'union nationale.

Des élections libres, bien sûr ! A une assemblée constituante !

Mais qu'est-ce que cela veut dire, une assemblée constituante pleinement, réellement souveraine ?

Qu'est-ce que cela veut dire la démocratie réelle ?

Qu'est-ce que cela veut dire des élections vraiment libres ?

Cela veut dire que le couvre-feu des militaires comme les bandes armées de lumpens et de nervis doivent cesser. Donc qu'on les fasse cesser. Cela veut dire qu'il n'est pas question, du point de vue de la démocratie réelle, d'accepter un intérim militaire ou un "gouvernement d'union nationale".

Le seul intérim acceptable, c'est l'organisation et l'armement autonomes et indépendants du peuple par le peuple, qui a commencé.

Une assemblée constituante souveraine c'est une assemblée révolutionnaire, fruit de la révolution, qui n'a pas de caste d'officiers ni de "gouvernement d'union nationale" au dessus d'elle pour la superviser, la cadenasser et l'encadrer.

Les taches immédiates fondamentales sont donc :

Armement du peuple !

Élections libres immédiates, constituante sans délais, ni condition, ni surveillance, ni union nationale !

Et aussi :

Jugement des criminels, des tortionnaires, des corrompus, par des tribunaux populaires avec à leur service les magistrats et avocats ayant fait preuve d'indépendance !

Pour ce combat, le peuple tunisien a besoin de s'organiser, ce qu'il a commencé à faire.

Les organisateurs spontanés des manifestations, les combattants des journées de janvier, en prenant en main maintenant la sécurité et l'approvisionnement, vont approfondir ce mouvement.

La question se pose de la reconquête du syndicat national UGTT par les travailleurs, le réinscrivant dans la tradition de son fondateur Farhat Hached, assassiné en 1952. Le 14 janvier, jour où la grève générale et la manifestation centrale ont fait tomber Ben Ali, l'UGTT n'appelait qu'à deux heures de grève dans la matinée et à surtout ne pas manifester !

Enfin, au final, pour que l'assemblée constituante soit pleinement souveraine, il faut achever la destruction de l'État bourgeois corrompu, il faut une organisation politique indépendante des masses tunisiennes, révolutionnaire et démocratique.



Un tournant dans la situation mondiale.

L'étincelle du suicide de Mohamed Bouizizi et des jeunes diplômés chômeurs rejoignait les protestation de la jeunesse algérienne, les manifestations contre les hausses des prix des denrées alimentaires et de l'énergie qui vont se multiplier dans le monde entier, comme en Bolivie où elles ont eu momentanément gain de cause en contraignant le gouvernement Morales a annuler les hausses.

La crise du capitalisme, devenue une crise ouverte depuis 2008, entre dans une nouvelle phase. Non pas celle d'une reprise "lente" comme le racontent Sarkozy et la presse française, mais celle de l'incapacité des États à renflouer les banques, de l'inflation sur les produits vitaux consécutive aux émissions surabondantes de dollars, et des réactions brutales, intérieures et extérieures, des États-Unis à leur affaiblissement qui s'accélère.

Dans cette situation instable, où des risques de guerre, de la Corée à la Côte-d'Ivoire, ou d'effondrement par dominos successifs de la zone euro, les grèves de masse comme en Asie, et la révolution tunisienne, ne sont pas un facteur supplémentaire de chaos, elles sont le facteur d'ordre contre le désordre capitaliste et sa trainée sanglante de menaces de guerre et de catastrophes environnementales.

La première victoire que vient de remporter le peuple tunisien, ouvre une nouvelle période pour tout le monde arabe, immédiatement pour l'Algérie voisine où des manifestations similaires ont commencé. Contre l'avenir de guerre que dessinent le régime iranien et l'impérialisme étasunien flanqué de l'État d'Israël, et contre la dictature éternelle en Égypte ou en Libye, le soleil qui commence à se lever à Tunis, au centre du monde arabe méditerranéen, ouvre un nouvel horizon.



Une défaite sérieuse pour Sarkozy.

Jusqu'au bout, l'impérialisme français a soutenu Ben Ali. Nul doute qu'il soit au centre des manœuvres pour tromper le peuple, réprimer ou provoquer dans l'ombre, qui se poursuivent au lendemain du 14 janvier.

La chute de Ben Ali est un coup dur pour Sarkozy, qui en a "pris acte" et vient de convoquer un conseil des ministres extraordinaire à ce sujet. En l'espace d'une semaine, les deux ministres barons du gaullisme, personnages clef de son gouvernement récemment "remanié", ont été gravement discrédités :

- Alliot-Marie qui a appelé ouvertement à envoyer la police française en Tunisie aider Ben Ali : nul doute qu'ils comptaient le faire et qu'il y a déjà des conseillers en renseignement, combats de rue et torture, mais elle, elle l'a dit !

- Juppé qui est éclaboussé par les "zones d'ombre" comme est bien obligé de dire la presse qui, au départ, s'était, comme la plus grande partie du personnel politique mise au garde à vous dans l'affaire de la mort des deux jeunes otages français de Niamey. Ces "zones d'ombre" ne se limitent pas aux circonstances réelles de leur mort, elles remontent jusqu'à la nature même d'"Al Qaida" au Maghreb ou ailleurs, en lien avec la Sécurité Militaire algérienne, les services français et la CIA.

Au moment où, de Niamey à Abidjan, l'impérialisme français joue de plus en plus les pompiers incendiaires, la révolution tunisienne vient au bon moment signaler à qui doit appartenir le dernier mot.

Cela, à Paris comme à Tunis ...

MILITANT, le 15 janvier 2011.


Pour mémoire :

Quand DSK vantait le beau modèle benaliste, en novembre 2008 :
http://www.youtube.com/watch?v=xEA9X6j7b_U


Source : MILITANT Supplément du 15 janvier 2010

09 décembre 2010

Il neige....

Il neige, c'est normal en décembre.
Il neige, et l'économie capitaliste des flux tendus ne le supporte pas !
C'est donc très dangereux.

D'abord, le "phénomène neigeux" actuel consiste dans une fluctuation rapide d'air froid venu du Nord : au lieu d'avoir des "vrais hivers" longs et normalement froids, le réchauffement global causé par la combustion capitaliste des hydrocarbures produit ces accès répétés de quelques jours en quoi consistent maintenant nos hivers, n'en déplaise au saint patron des obscurantistes récemment entarté, M. Allègre.

Ensuite, dans toute société normalement constituée, quand il fait trop froid ou trop chaud, on arrête tout et on s'amuse. Mais pas dans la notre: le capital doit continuer à circuler, s'il ne circule pas il perd de la valeur. Donc faut aller au boulot coûte que coûte, risquer de se faire virer ou sucrer un jour de salaire et/ou risquer sa vie sur le verglas. Pure folie !

De plus, la décentralisation, la réforme de l'État et la RGPP ("Révision Générale des Politiques Publiques") ont démantelé l'Équipement et réduit les moyens publics de déneigement.

L'État se trouve des alibis sécuritaires et écologiques. Au nom de la sécurité, les préfets suppriment les transports scolaires ... conduisant des milliers de familles à prendre leurs voitures ! Au nom de l'écologie, "on" décide que les autoroutes ne seront déneigées que sur une voie.

L'ordre capitaliste renonce à enlever la neige mais demande quand même aux salariés de foncer dedans, en voiture. Ce n'est pas une image, c'est la réalité, qui résume le monde actuel.

Tiré de MILITANT N°25 du 5 décembre 2010

04 décembre 2010

Israel and Palestine Solidarity Delegation

Une initiative intéressante pour l'unité des travailleurs contre l'oppression nationale : une délégation de jeunes de l'AWL en Israel-Palestine pendant quelques jours fin novembre- début décembre.

Voir Israel and Palestine Solidarity Delegation.

Au programme : rencontres avec des militants pour la paix en Israël, des syndicalistes palestiniens ou israeliens, des militants socialistes internationalistes, dans un village palestinien faisant face aux désagréments du mur de la honte dressé par les autorités israeliennes...

A notre avis, ce genre de liens est beaucoup plus positif que le boycott...

21 juin 2009

Iran ! Révolution ! Solidarité !

MILITANT- supplément du 21 juin 2009

Le samedi 20 juin 2009 restera comme une journée historique, qui n'est pas finie et dont on ignore le dénouement à l'heure où sont écrite ces lignes.

La veille, le véritable chef non élu de la "République islamique" d'Iran, Ali Khamenei, a déclaré la guerre au peuple, traitant d'agents de l'étranger, de l'Amérique et d'Israël la majorité des Iraniens. A l'interdiction déjà en vigueur des manifestations, qui ne suffit plus, s'est ajoutée la menace ouverte de la violence de masse : celle des nervis de l'appareil d'Etat et celle des bandes lumpens de voleurs et de violeurs, les fameux Bassidjis.

En réponse à cette déclaration de guerre, la classe ouvrière en tant que telle a commencé à réagir sur son terrain et avec ses méthodes : la grève, l'auto-organisation, aidée, nous n'en doutons pas, par les militants formés à l'école de la révolution iranienne de 1979, syndicalistes, révolutionnaires de diverses tendances, communistes hekmatistes, fedayins. Les ouvriers d'Iran Khodro (industrie automobile), le syndicat des chauffeurs de bus Vahed de l'agglomération de Téhéran, réunis en assemblées générales, ont dénoncé Khamenei, appelé à la résistance, organisé des débrayages à intervalles réguliers, ce qui signifie qu'ils se disposent à lutter, préparent leurs forces, et s'organisent.

Dans la nuit qui a suivi, Téhéran et les villes du pays ont vu, pendant que les bandes de Bassidjis cherchaient à semer le désordre et à traquer les isolés dans les rues, le peuple s'exprimer aux fenêtres, sur les toits et les balcons par des concerts de casseroles et le cri régulier de "Allah Akbar", dont il faut bien comprendre que, dans la conscience collective, il signifie que le peuple renoue avec la révolution de 1979 contre le chah.

Un militant ouvrier iranien (du PCOI) publie d'ailleurs sur le site http://iranenlutte.wordpress.com/ une évocation de la journée du même 20 juin 1981, quand la République islamique lança la grande campagne de répression contre les acteurs de la révolution de 1979, kidnappant des dizaines de milliers de militants pour les faire disparaître dans ses caves. Ce camarade écrit :

"En mémoire à ces précieuses vies perdues, nous promettons de finir le travail : de renverser la barbare République islamique d'Iran."

Oui, c'est ce langage qu'il faut parler, c'est là le seul langage des révolutionnaires, des communistes, des socialistes, des militants ouvriers !

Pas d'états d'âmes sur les manœuvres américaines : le plus surpris et gêné par la situation est Obama. Jamais la terreur islamiste n'a été un barrage contre l'impérialisme protégeant les travailleurs et les peuples, au contraire. Ne soyons pas comme Chavez : soyons dans le camp de la classe ouvrière !

Il y a 6 ans au lieu que ce soit les peuples, c'était l'armée US qui renversait Saddam Hussein en Irak et les conséquences en furent tragiques. La victoire des masses iraniennes sur la République islamique serait le plus grand des encouragements à la résistance anti-impérialiste des peuples d'Irak et d'Afghanistan comme aux combats de libération nationale du peuple palestinien et du peuple kurde.

Bien au delà, ce serait l'ouverture d'une nouvelle période, à l'échelle mondiale : celle de l'intervention directe des peuples, des exploités, des opprimés, pour maîtriser leur destinée contre le capitalisme en crise !

Voila pourquoi cette révolution est NOTRE révolution.

En ce 20 juin 2009, donc, Moussavi, les autres opposants officiels, l'ensemble des organisations en Iran et dans la diaspora qui se situent sur le terrain d'une transition pacifique sauvant le régime islamique et donc l'État bourgeois en accord avec l'impérialisme, ont appelé à ne pas manifester.

Ce sont les organisations ouvrières, étudiantes, communistes et révolutionnaires qui ont appelé. Les médias ici n'ont relayé que l'appel des premiers (sans nous dire, y compris sur TF1 et Antenne 2, que les images de manifestations et d'affrontements qu'ils diffusent proviennent généralement des blogs et sites des seconds ! ).

Les masses dans leur corps et dans leur conscience, jeunes et vieux, se protégeant et coude à coude, ont décidé de manifester, sachant le danger, en mémoire des morts, de ceux de 1979, ceux du 20 juin 1981, ceux des guerres inutiles, ceux de ces derniers jours, pour la liberté, pour la démocratie, pour la vie, mus par la force collective de la conscience qui monte.

Ils y sont allés, et ils ont remporté, malgré les coups, les morts volés à la vie par les pelotons de motocyclistes bassidjis, une grande victoire politique : contre Khamenei, contre tout l'ordre mondial, il y a eu, interdite, décrétée même inexistante par les médias occidentaux avant qu'ils ne doivent se rendre à l'évidence, il y a eu la manifestation, le rassemblement au grand jour des opprimés, et des opprimées, contre les oppresseurs, sur la place publique, à visage découvert, les portables brandis pour filmer, s'afficher tous puisque maintenant on ne peut plus, on ne doit plus se cacher, et que l'on va se battre.

L'expérience de 1979 revit, mais ce n'est pas la répétition, c'est la suite, ce n'est pas un remake, c'est un nouveau film qui commence, l'humanité soufflant sa propre forge.

Alors, Moussavi est sorti de sa cachette et les médias ici annoncent qu'il "poursuit le combat", exige toujours le recompte des votes quand ce sont des élections totalement libres dont l'exigence est à l'ordre du jour, et appelle à la grève générale alors que celle-ci a commencé et que la question que se posent, nous n'en doutons pas, les groupes de combattants à l'université, dans les quartiers, dans les usines, est celle des armes. Dés mercredi, des militaires cherchant à distribuer des armes au peuple ont été exécutés. D'autres viendront pour les venger.

Grève générale pour s'organiser et s'armer !

Mort à la République islamique !

Solidarité internationale avec la révolution iranienne !

30 mai 2009

75ème anniversaire de la grève de Toledo

De février à juin 1934, les travailleurs de l'entreprise Electric Auto-Lite à Toledo dans l'Ohio menèrent l'une des 3 grandes luttes, avec celle des Teamsters de Minneapolis et celle des marins et dockers de San Francisco, annonciatrices du soulèvement des travailleurs américains qui aboutit à l'émergence du CIO, Congress of Industrial Organizations, centrale syndicale dont les méthodes et les buts rompaient avec le conservatisme réactionnaire de la direction de l'AFL.

Dans chacune de ces grèves, la présence de noyaux militants socialistes (dans le sens anglo-saxon et non franchouillard) fut un des éléments décisifs de l'emploi conscient de méthodes de lutte de classe qui s'avérèrent efficaces pour l'amélioration de la condition des salariés et pour l'extension de l'organisation de la classe ouvrière.

Malheureusement ce mouvement de la classe ouvrière vers son indépendance n'aboutit pas à la constitution d'un parti du travail organisant politiquement celle-ci sur la base de ses intérets propres, en rupture et en opposition aux partis bourgeois.

Pour avoir une idée de l'ambaince régnant à Toledo en ce printemps 1934, voir sur Youtube...Evidemment, on est loin du "dialogue social" à la Thibault-Chéréque-Le Duigou

28 mai 2009

Houzan Mahmoud à Lyon le 30 mai

Houzan Mahmoud, représentante à l'extérieur de l'OWFI (Organisation pour la Liberté des Femmes en Irak) et dirigeante du Parti Communiste-Ouvrier d'Irak sera à Lyon le 30 mai pour une conférence commençant à 15H à la librairie La Gryffe, 5 rue Sébastien Gryffe (métro Saxe Gambetta), Lyon 7ème.

Elle abordera la question des perspectives politiques en Irak, après l'élection d'Obama et l'entrée en fonction d'une nouvelle administration US.

APS invite tous ses lecteurs de la région à assister à cette réunion.

10 mai 2009

Motion du Conseil Syndical du Snuipp 94 (adoptée le 5 mai 2009)

Le conseil syndical du Snuipp 94 dénonce l'avalanche des licenciements (aujourd'hui près de 3000 par jour), les suppressions incessantes de postes et les fins de contrat pour nombre de salariés précaires dans toute la fonction publique, la poursuite des attaques contre l'École Publique (notamment avec la volonté de créer des Jardins d'Éveil) alors que dans le même temps, le patronat bénéficie des largesses financières du gouvernement.

En conséquence, le Conseil Syndical du Snuipp 94 considère que la responsabilité de toutes les organisations syndicales est d'adopter un cahier de revendications à la mesure de l'enjeu.
Parmi celles-ci :
- interdiction des licenciements - retour de tous les postes supprimés dans la fonction publique
- augmentation des salaires - rattrapage du pouvoir d'achat perdu - échelle mobile des salaires
- abrogation des réformes anti-sociales en cours - notamment dans l'Enseignement (primaire, secondaire, supérieur), dans la Santé Publique (loi Bachelot) sans oublier la loi Boutin sur le logement.

Le Conseil Syndical du Snuipp 94 se joint aux nombreuses voix qui exigent que soit organisée une montée nationale unitaire à Paris, contre ce gouvernement pour faire aboutir ces revendications.

Le Conseil Syndical appelle également les collègues à s'exprimer par leur vote le 7 juin prochain lors des élections européennes.

Motion adoptée à l'unanimité des 13 présents.

26 avril 2009

‭"‬Les deux âmes du socialisme‭" ‬de Hal Draper,‭ ‬édité et surtout commenté en français

‭"‬Les deux âmes du socialisme‭" ‬de Hal Draper,‭ ‬édité et surtout commenté en français.

Paris,‭ ‬Syllepses,‭ ‬2008.


Hal Draper fut un militant nord-américain,‭ ‬socialiste,‭ ‬révolutionnaire et trotskyste,‭ ‬dirigeant de l'organisation de jeunesse du‭ ‬Socialist Workers Party en‭ ‬1938,‭ ‬en rupture,‭ ‬comme prés de la moitié de son organisation,‭ ‬avec Léon Trotsky en‭ ‬1940‭ ‬sur la question du soutien inconditionnel à l'URSS dans les guerres de Pologne,‭ ‬des pays baltes et de Finlande que préconisait‭ "‬le Vieux‭"‬.‭ ‬Hal Draper fut par la suite un dirigeant du‭ ‬Workers Party puis de l‭'‬Independent Socialist League,‭ ‬et refusa de suivre son principal animateur,‭ ‬Max Shachtman,‭ ‬lorsque celui-ci à partir de la fin des années‭ ‬1950‭ ‬estima que le‭ "‬monde libre‭" ‬de Washington méritait un soutien‭ ‬...‭ ‬inconditionnel,‭ ‬contre le‭ "‬totalitarisme‭" ‬russe,‭ ‬chinois,‭ ‬cubain ou vietnamien.‭

Hal Draper,‭ ‬bibliothécaire à l'université de Berkeley et déjà âgé‭ (‬il a‭ ‬50‭ ‬ans en‭ ‬1964‭)‬,‭ ‬n'en fut pas moins la figure tutélaire du très important‭ ‬Free Speech Movement,‭ ‬reconnu depuis comme le point de départ de la‭ "‬radicalisation internationale de la jeunesse‭" ‬des années‭ ‬1960.‭ ‬Il a rédigé un grand nombre de petits essais et de pamphlets disponibles en anglais sur‭
‬http://marxists.org/archive/draper/index.htm ou sur‭ ‬
http://csh.gn.apc.org/‭
‬,‭ ‬qu'anime Ernest Haberkern,‭ ‬ainsi qu'une grande œuvre sur la théorie de la révolution chez Marx.‭ ‬Depuis une quinzaine d'année ces textes partiellement traduits circulent en France,‭ ‬dans des sphères trop réduites‭ ‬...‭ ‬dont nous sommes‭ ‬:‭ ‬l'ancienne Lettre de Liaisons et certainement aussi l'actuel journal Militant et la présente lettre doivent beaucoup dans leurs réflexions et leurs méthodes aux essais de Hal Draper sur les micro-sectes,‭ ‬auxquels il oppose la méthode du journal organisateur,‭ ‬centre politique proposant ouvertement une orientation aux militants des divers courants du mouvement ouvrier,‭ ‬telle l‭'‬Iskra de Lénine‭ (‬voir le texte‭ ‬Parti révolutionnaire et centre politique sur‭

http://site.voila.fr/bulletin_Liaisons/nosdocs.htm‭
‬et la Lettre de Liaisons du‭ ‬5‭ ‬décembre‭ ‬2002,‭ ‬n°51‭)‬.

L'existence même de quelqu'un comme Draper était une remise en cause de l'orthodoxie des trois majors de la petite industrie trotskyste française,‭ ‬LO,‭ ‬l'ex-LCR et l'ex-OCI,‭ ‬qui tous dans leurs histoires standards et expurgées de leur propre mouvement et de leurs origines ne pouvaient faire une place à un tel parcours.‭ ‬Cela explique peut-être en partie cette longue ignorance.‭ ‬Malheureusement,‭ ‬ce livre des éditions Syllepses n'y mettra pas fin.‭ ‬Expliquons-nous.


Les deux âmes du socialisme est un texte de type pamphlétaire,‭ ‬paru dans‭ ‬Anvil en‭ ‬1960,‭ ‬repris et développé dans‭ ‬New Politics en‭ ‬1966,‭ ‬déjà traduit en français par plusieurs groupes‭ ‬-les groupes suisses A l'Encontre et SolidaritéS,‭ ‬l'ancien groupe français SPEB‭ ("‬Socialisme Par En Bas‭")‬.‭ ‬Comme tel,‭ ‬c'est un brulot qui dénonce le socialisme par en haut des utopistes,‭ ‬des pondeurs de projets,‭ ‬de la plupart des réformistes et de beaucoup de révolutionnaires.‭ ‬Dans les tenants du socialisme autoritaire,‭ ‬Draper range les pères fondateurs de l'anarchisme que sont censés être Proudhon et Bakounine.‭ ‬Il leur oppose pèle-mêle Thomas Münzer,‭ ‬Rosa Luxembourg,‭ ‬Eugene Debs le socialiste américain,‭ ‬le grand écrivain anglais‭ ‬William Morris‭ (‬autre inconnu en France parce que très peu traduit‭)‬.‭ ‬Il ne parle pas de Lénine et de Trotsky,‭ ‬mais ce qu'il dit par ailleurs de Lénine surtout classe ce dernier parmi les meilleurs artisans du socialisme par en bas,‭ ‬au moins tant qu'il n'était pas au pouvoir.‭ ‬Tout lecteur éclairé formé dans le mouvement ouvrier français découvrira un monde nouveau chez Draper,‭ ‬comprendra que s'il croyait jusque là tout savoir ce n'était pas le cas,‭ ‬et saura enfin qu'il ne sait pas et qu'il reste à apprendre,‭ ‬de l'histoire comme de la pratique.‭ ‬Draper est salutaire.‭ ‬Comme toute bonne pilule,‭ ‬il faut le consommer à sec,‭ ‬éventuellement avec un goutte de gnôle,‭ ‬mais sans délayant,‭ ‬sans excipient,‭ ‬sans préalable,‭ ‬en toute liberté de pensée.


C'est exactement le contraire que nous avons ici.‭ ‬Un bref récit de la vie de Draper aurait suffi,‭ ‬mais non‭ ‬:‭ ‬il fallait nous mettre en garde,‭ ‬nous dire comment lire Draper,‭ ‬ce qu'on doit en penser.‭ ‬Nous avons affaire à une édition analogue à ces jésuites et ces dominicains qui ne laissaient les fidèles toucher à l'Evangile que moyennant moults avertissements et mises en gardes.‭ ‬Pour‭ ‬86‭ ‬pages de Draper,‭ ‬et encore bardées de notes parfois approximatives,‭ ‬vous avez droit en prime à‭ ‬106‭ ‬pages de préface,‭ ‬postfaces et mises en garde contre ce grand malpoli de Draper,‭ ‬que le lecteur français n'a décidément pas le droit de connaître en toute liberté.


Il y a trois sortes de commentaires.‭ ‬Quelques réflexions intéressantes,‭ ‬par exemple dans la contribution de Murray Smith,‭ ‬auraient amplement suffi à nous aider à réfléchir par nous-mêmes,‭ ‬point barre.‭ ‬Mais il y a ensuite les hors sujet,‭ ‬convoqués pour faire du remplissage et qui parlent de tout sauf de Draper.‭ ‬Ainsi,‭ ‬Michael Albert,‭ ‬qui estime représenter une‭ "‬troisième âme‭" ‬du socialisme,‭ ‬qui pense avoir découvert le truc susceptible de marcher qu'il a appelé‭ "‬économie participaliste‭"‬,‭ ‬a l'infini amabilité de bien vouloir nous faire part de son précieux savoir‭ ‬:‭ ‬on ne saurait le lui reprocher si les éditeurs ont jugé bon de blinder Draper,‭ ‬adversaire avec Marx des recettes pour la cuisine de l'avenir,‭ ‬au moyen de ses idées.‭ ‬Ainsi la féministe Diane Lamoureux,‭ ‬dans des réflexions au demeurant intéressantes,‭ ‬et honnêtes puisque elle ne nous parle pas de Draper‭ ; ‬mais sa présence s'explique pour les éditeurs par la nécessité de mettre en valeur les limites du méchant Draper‭ ‬:‭ ‬il n'avait pas compris le féminisme,‭ ‬voyez-vous donc‭ ! ‬Le plus remarquable ici est que c'est faux,‭ ‬et que le préfacier Jean Batout tout en soulignant cette grave carence dans‭ ‬Les deux âmes du socialisme qui ont oublié de parler du féminisme,‭ ‬nous informe que dans des articles qui ont suivi Draper a fait une très large place au féminisme dans le mouvement ouvrier du XIX°‭ ‬siècle et au début du XX°‭(*) ‬.‭ ‬La troisième sorte de commentaires comporte ceux qui soulignent quand même que ce Draper avait bien des limites,‭ ‬son petit essai ayant l'immense défaut de ne pas avoir parlé de tout‭ ‬:‭ ‬coupable,‭ ‬bien sûr,‭ ‬d'avoir été méchant avec les libertaires‭ (‬ce Draper‭ "‬manque de corps‭"‬,‭ ‬explique Alain Birh‭ ! ‬...‭)‬,‭ ‬coupable,‭ ‬précisent les notes,‭ ‬d'avoir qualifié de suivistes du stalinisme les intellectuels américains Dobb,‭ ‬Baran et Sweezy‭ ‬-ce qui est au demeurant parfaitement exact.‭ ‬Etc.‭


Bref,‭ ‬ce corpus,‭ ‬cet assortiment,‭ ‬ce bouclier anti-missile,‭ ‬ces anticorps disposés en batterie autour du gentil et touchant petit pamphlet du grand intellectuel révolutionnaire Hal Draper,‭ ‬nous en apprennent plus sur une intelligentsia d'extrême-gauche altermondialiste contemporaine que sur Draper‭ (‬les officiants sont‭ ‬:‭ ‬Jean Batou,‭ ‬Michael Albert,‭ ‬Alain Bihr,‭ ‬Diane Lamoureux,‭ ‬Catherine Samary,‭ ‬Murray Smith‭)‬.‭ ‬Mais ça,‭ ‬on connaît déjà.‭ ‬J'ai gardé pour la fin le détail qui tue‭ ‬:‭ ‬les références à Marx et Engels dans les notes rajoutées en bas de pages se rapportent presque toutes à‭ "‬Œuvres choisies,‭ ‬Moscou,‭ ‬Éditions du Progrès,‭ ‬1976‭"‬,‭ ‬alors qu'on a quand même d'autres éditions que celles-ci‭ ! ‬Mais il y a comme un symbole involontaire en cette invocation infra-paginale de‭ "‬Moscou‭"‬,‭ ‬comme si Draper en français avait mérité un exorcisme supplémentaire‭ ‬...‭ ‬et comme s'il fallait nous signifier de quoi tous ces exorcismes sont le nom‭ ‬...


Bon,‭ ‬c'est bien gentil tout ça,‭ ‬mais il nous reste à traduire Draper.

VP,‭ ‬le‭ ‬19/04/09.

‭* ‬Voir‭ ‬Hal Draper et Anne G.‭ ‬Lipow‭ ‬:‭ ‬Marxist Women‭ ‬versus‭ ‬Bourgeois Feminism‭ (‬1976‭) ‬http://marxists.org/archive/draper/1976/women/women.html‭

Article paru dans MILITANT-Lettre de liaison N°57 du 19 avril 2009

19 avril 2009

11 février 2009

Royaume-Uni : la grande peur de la lutte des classes

Nous recommandons la lecture de l'article que Philippe Marlière a consacré à la dernière vague de grèves sauvages dans le secteur de la construction et de l'énergie qui a marqué la Grande-Bretagne du 2 au 7 février.

Marlière, maître de conférence à Londres, est un militant de gauche dont on peut créditer la bonne foi, du coté des travailleurs. Les éléments qu'il fournit indiquent que la panique d'un retour de la lutte des classes directe, dans les usines et les chantiers, est grande au sein de la bourgeoisie en ces temps de crise du système.

Raison de plus pour aller dans le sens d'une organisation des travailleurs capable de surmonter les tentatives patronales de division des salariés et d'intoxication médiatique.

A l'heure où certains tournent la page ...

Trotsky et la politique indépendante de la classe ouvrière

La tentative de la bourgeoisie durant sa guerre civile meurtrière d’obliger l’humanité à se diviser entre seulement deux camps est motivée par le désir d’interdire au prolétariat d’avoir ses propres idées indépendantes.

Cette méthode est aussi vieille que la société bourgeoise, ou plus exactement, que la société de classe en général. Personne n’est obligé de devenir marxiste ; personne n’est obligé de jurer par le nom de Lénine. Mais toute de la politique de ces deux titans de la politique révolutionnaire était dirigée vers ceci : à savoir que le fétichisme des deux camps cédera la place à un troisième camp, souverain et indépendant, celui du prolétariat, ce camp dont dépend, en réalité, l’avenir de l’humanité.

Writings-1938

27 janvier 2009

Solidarité avec Gérard Filoche

APS appelle tous ses lecteurs et amis à signer et à faire signer la pétition de soutien à Gérard Filoche. La mise en examen de Gérard fait partie de la stratégie de tension que le pouvoir de Sarkozy, qui commence à voir sa popularité sérieusement ébréchée par les effets de sa politique pro-patronale et par les répercussions de la crise mondiale du capitalisme, entend opposer à la montée du mécontentement populaire et aux luttes.


Solidarité avec Gérard Filoche
Inspecteur du travail mis en examen dans l’exercice de ses missions

Tous les syndicats de l’inspection du travail en sont d’accord :
- la justice est extrêmement laxiste en matière de droit du travail,
- les employeurs qui ne respectent pas le code du travail restent largement impunis.

Trois procès-verbaux sur quatre de l’inspection du travail sont classés sans suite par le Parquet.
Patrons impunis, inspecteurs du travail poursuivis : paradoxalement, ces trois dernières années, ce sont des contrôleurs et inspecteurs du travail qui se sont vu mis en cause dans l’exercice de leurs fonctions alors que Laurence Parisot a affirmé que «la liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail».

Le dernier en date, c’est Gérard Filoche.

L’inspecteur du travail est mis en examen pour un prétendu « chantage » vis-à-vis d’un patron qui refusait la réintégration dans son poste antérieur d’une salariée de retour de congé maternité et qui a demandé trois fois de suite, à l’égard de cette employée, déléguée syndicale, une autorisation de licenciement.

Si c’est du « chantage » que de menacer dans ce cas un employeur d’un PV, alors toute l’inspection du travail fait du « chantage » sans le savoir !

Comment alors que le Parquet débordé, manque de moyens au point de classer la majorité des PV de l’inspection du travail, choisit-il de donner suite à une plainte patronale prétendant de façon invraisemblable que Gérard Filoche fasse « entrave à un Comité d’Entreprise » ?

Nous tenons, en de telles circonstances, à exprimer notre totale solidarité avec Gérard Filoche.

Pour signer, aller sur le site http://www.solidarite-filoche.fr/

Voir aussi le communiqué de Filoche daté du 25 janvier 2009 : A propos de la « mise en examen de Gérard Filoche »

17 juillet 2008

Appel pour une conférence sur l’héritage de Léon Trotsky et du trotskisme US : hier, aujourd’hui, demain.

Une conférence sur le thème de l'héritage de Léon Trotsky et du trotskisme US aura lieu les 25-26-27 juillet à Fordham University, dans le Bronx à New York. Cette initiative est lancée par d'anciens militants du SWP avant que celui-ci ne devienne complètement castriste sous la direction de Jack Barnes.

Nous reproduisons à titre de document l'appel initiateur de cette initiative. Nous reviendrons sur son contenu dans un prochain article.
APS


Appel pour une conférence sur l’héritage de Léon Trotsky et du trotskisme US :
hier, aujourd’hui, demain.

Nous vivons en des temps à la fois terribles et passionnants, pendant lesquels une nouvelle couche de militants est en train de venir à des luttes dont d’anciens membres du Socialist Workers Party ont été les protagonistes dans le passé. Ensemble, vétérans et nouveaux jeunes militants, nous souhaiterions organiser une conférence pour dialoguer en vue d’une meilleure compréhension des luttes passées et présentes, pour clarifier les questions en jeu et pour construire le mouvement socialiste, aujourd’hui et demain.

Il était devenu clair pour nombre d’entre nous que les événements présents sont en train de réactiver une importante couche d’anciens camarades du SWP, et qu’il y a le désir de la part d’une couche ayant rempli des rôles dirigeants dans le vieux SWP de reprendre contact les uns avec les autres. Beaucoup ont commencé par se rencontrer sur le terrain social, ce qui nous a conduit à collaborer politiquement pour monter des meetings ou engager des discussions autour du livre de Barry Sheppard, du travail de défense légal de Lynne Stewart, du mémorial consacré à Caroline Lund, et du mouvement anti-guerre. D’autres camarades ont été impliqués dans la traduction des discours et des écrits de Célia Hart pour le compte de nombreux sites web et dans la participation à des groupes de discussion électronique marxistes. Certains travaillent avec Labor Standard et Socialist Action, dans Solidarity, l’ISO, Socialist Organizer et d’autres organisations. Barry Sheppard et Paul Le Blanc ont écrit des livres relatant leurs expériences et les conclusions qu’ils tirent des 40 dernières années. Ces développements sont tous hautement significatifs et très positifs.

Beaucoup d’entre nous, néanmoins, ont ressenti le manque d’un cadre socialiste unifié pour les camarades trotskistes pour collaborer ensemble et partager des perspectives sur ce qui est en train de se produire politiquement aux USA et dans le monde. Cela survient dans une période où les écrits de Celia Hart et les commentaires de Hugo Chavez, parallèlement aux discussions en cours dans l’ISO et dans d’autres organisations de gauche, ramènent l’attention sur les idées de Léon Trotsky et sur ses analyses de la révolution permanente et de l’Union soviétique. Pour de nombreuses raisons, nous ne cherchons pas à suggérer que la conférence proposée cherche à recréer une organisation comme le vieux SWP (ou toute autre organisation) pour le moment. Mais, nous avons espoir que les années écoulées ont été une opportunité pour la réflexion, pour un développement personnel et politique, nous offrant la possibilité à la fois de transmettre les aspects les plus précieux de notre époque dans le SWP et aussi de participer avec d’autres à création d’une compréhension plus profonde et plus efficace. Il y a encore et toujours un besoin d’approfondir et de développer la pensée, la stratégie et l’action révolutionnaires.

Il est précieux de préserver les meilleures traditions du SWP parmi les cadres toujours vivants. Nous ne devrions pas nous sous-estimer les uns les autres et peut-être, dans notre maturité, pouvons nous nous permettre un respect mutuel et une reconnaissance qui a si souvent fait défaut à l’égard des différences et entre nous au sein du SWP. Sous la pression des événements, à ce moment critique qu’offrent le réchauffement global, la mondialisation et l’état de guerre, il devrait être tout simplement naturel pour de vieux militants expérimentés de se retrouver. Nous avons l’intention de partager notre expérience, notre force et notre espoir dans l’avenir, et de transmettre notre connaissance à de nouvelles générations.

Comme résultat de nos efforts collectifs au sein du SWP, nombre d’entre nous ont développé une compréhension importante des concepts tels que la révolution permanente, l’analyse des états ouvriers et du stalinisme, le centralisme démocratique, la libération nationale, le racisme, le patriarcat, l’oppression de genre ou d’orientation sexuelle. Alors que le monde d’aujourd’hui présente un aspect différent, une bonne appréciation de ces questions fournit encore des réponses importantes aux dilemmes qu’affronte le genre humain. Ils restent cruciaux pour les nouvelles générations de militants. Nous croyons que la tradition marxiste révolutionnaire, que nombre d’entre nous ont essayé de défendre à travers le SWP, et ont continué de mettre en avant depuis la dégénérescence de cette organisation, est une contribution essentielle pour élaborer toute compréhension du monde contemporain.

Conception de la conférence

Nous avons l’intention de nous concentrer sur ce que nous avons en commun et sur ce que nous pouvons réaliser ensemble. C’est dans un esprit d’optimisme révolutionnaire et d’unité que cette proposition de conférence est formulée. Nous invitons les autres à partager leurs pensées sur les possibilités. Il semble qu’il existe plusieurs composantes qui pourraient donner sens à une telle conférence.

Perspectives théoriques et politiques

Que reste-t-il de pertinent dans la tradition théorique et politique trotskiste ? Quelles indications nous fournissent les développements de la fin du 20ème siècle et du début du 21ème au regard de la valeur de concepts tels que la révolution permanente, les états ouvriers (et / ou les gouvernements ouvriers et paysans), la démocratie ouvrière, le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière, le potentiel révolutionnaire des mouvements des Afro-américains, des Chicanos, des femmes et LGBT, Lénine et la conception du parti d’avant-garde et du centralisme démocratique, la question nationale, et la relation entre les luttes démocratiques et la lutte révolutionnaire ?

Que faire maintenant ?

Qu’elle est la meilleure façon de s’organiser pour changer le monde d’aujourd’hui ? A quelle situation politique sommes-nous confrontés, en particulier pour ceux qui continuent à vouloir créer une société socialiste ? Quelle est la situation à Cuba aujourd’hui et comment cela affecte-t-il la révolution permanente en Amérique latine dans des pays tels que le Venezuela et la Bolivie ? Quelle est la dynamique créée au Moyen-Orient par la construction de l’Empire US et les guerres US ? Que se passe-t-il à gauche, dans les syndicats, dans le mouvement pour les droits des immigrés, dans le mouvement anti-guerre, parmi les défenseurs de l’environnement, et dans les autres mouvements sociaux ? Et que font les anciens issus de la tradition du SWP (et / ou que devraient-ils faire) ?

Projets et mise en réseau

Il y a un certain nombre de projets qui ont déjà été amorcés et d’autres qui sont à même de fournir des opportunités pour une collaboration et une action unie :

1) Les Marxist Internet Archive et le projet ETOL (Encyclopedia of Trotskyism On-Line) ;

2) L’initiative de Kipp Dawson pour aider les gens à rassembler leurs souvenirs relatifs à leurs expériences politiques au sein du SWP et de la YSA.

3) L’effort de Barry Sheppard pour produire un important ouvrage de mémoires consacré au SWP de 1960 à 1988 et relié à des discussions en cours sur le déclin du SWP.

4) La publication sur Internet de Labor Standard, la constitution de la Holt Labor Library, les collectes de documents telles que celles relatives aux papiers de Breitman et Lovell à la Tamiment Library (et les efforts passés pour les mettre en lumière lors d’une conférence et au travers de publications).

5) Un certain nombre de campagnes politiques, dans les syndicats, dans le mouvement anti-guerre, et autour d’un certain nombre de questions, comme la santé et l’écologie, dans lesquelles de nombreux anciens militants du SWP sont investis.

6) Des projets futurs de publications pour préserver l’héritage de Trotsky.

7) La défense de la Révolution cubaine et les efforts pour faire connaître les réflexions de Célia Hart et Chavez sur Trotsky à un public plus large.

8) L’invitation de révolutionnaires d’autres pays pour des réunions communes aux USA.

9) Le travail de défense de Lynne Styewart, Mumia Abu-Jamal et Gary Tyler.

Donner du sens à ce que nous avons vécu

Se remémorer les expériences politiques et les camarades qui ont été importants pour nous, comment pouvons nous mieux comprendre la signification historique et les contributions du SWP ? Comment, quand et pourquoi a commencé le déclin du SWP ? Comment doit-on interpréter ce déclin ?

Les suggestions pour mettre en œuvre cette proposition de conférence comprennent jusqu’à maintenant :

1) Une événement sur trois ou quatre jours, durant l’été (probablement en 2008), peut-être lors d’un camp d’été ou un cadre comme Oberlin. Inclure quelques activités récréatives et sociales adaptées non seulement aux camarades participants mais aussi pour les familles et/ ou partenaires. Il pourrait y avoir des tables rondes, des ateliers, des séances de brainstorming en petits groupes, des séances plénières, des forums publics. Il faudrait avoir recours à pleins d’enregistreurs audio et vidéo, et même envisager des opérateurs payés pour ce matériel.

2) Un événement de trois jours à New York ou son agglomération de façon à impliquer de nombreuses forces qui sont déjà organisées là et d’autres tendances.
(Les suggestions 1 et 2 n’ont pas besoin d’être exclusives)

3) Inviter Celia Hart en personne, si possible, à défaut utiliser un film ou une technologie interactive pour discuter de la situation présente à Cuba, Cuba comme exemple de la révolution permanente, la défense de la Révolution cubaine et l’impact de Cuba sur les luttes en cours en Amérique latine. Chercher à ramener des Vénézuéliens et d’autres Latino-américains à cette conférence pour discuter de leur situation.

4) Parmi les activités préliminaires inclure des rassemblements préparatoires en 2007 (peut-être en se focalisant sur les actions réalisées par Barry et Kipp).
5) Des intellectuels marxistes peuvent vouloir se rapprocher de façon individuelle de nos efforts (et ils doivent être les bienvenus) et la même chose doit se faire concernant plusieurs entités politiques y compris : la Quatrième Internationale, Socialist Action, l’International Socialist Organization, la Workers International League, Socialist Voice (Canada), le groupe Democratic Socialist d’Australie, Socialist Organizer, parmi d’autres. Nous devons inviter des représentants de tels groupes à notre conférence, comme observateurs ou comme participants.

6) Une discussion à partir d’une liste électronique, avant la conférence, des sujets proposés, peut-être avec un groupe de discussion Yahoo, devrait faciliter le processus de construction de la conférence.

7) Ceux d’entre nous qui signent cet appel se constituent en comité d’organisation initial de la conférence qui devrait pouvoir être étendu à d’autres. Nous conduirons la discussion de façon plus approfondie pour planifier une conférence selon la ligne de conduite de la tradition trotskiste, mettant en commun les ressources financières et les énergies pour faire advenir cette conférence. Ce comité d’organisation est composé de gens qui feront de leur mieux dans un état d’esprit ouvert, avec une écoute attentive, et de façon flexible, engagée et non sectaire.

Tom Bias, Steve Bloom, Robin David, Alexei Folger, David Keil, Paul Le Blanc, Ahmed Shawki, Sharon Smith, Asi Somburu, Kwame Somburu, Zakiya Somburu, Linda Thompson, Dave Walters.

traduction par nos soins

22 juin 2008

Le CRA de Vincennes détruit par les flammes


Le Centre de Rétention Administrative de Vincennes est le lieu principal d'enfermement en région parisienne des sans-papiers en instance d'expulsion. L'essentiel des batîments où sont parqués les sans-papiers ont été détruits par un incendie aujourd'hui.

La tension était très vive dans le centre depuis la mort par malaise d'un détenu, samedi, alors que le co-détenu qui partageait sa cellule avait alerté les gardiens sur l'état de santé de cette personne.

Déjà, en fin d'après midi, certains médias ont commencé à nous abreuver de nouvelles sur un "incendie criminel". S'il s'avérait que cet incendie avait été déclenché par les emprisonnés, on ne saurait l'assimiler à un acte criminel mais bien à un acte de révolte légitime de la part d'êtres humains soumis à un traitement dégradant, menacés du renvoi vers la mort dans leur pays d'origine pour certains, vers la maladie et la misère pour la plupart. Souvent avec le déchirement de familles ou de couples, consécutif à l'aveuglement bureaucratique de la machine à expulser.

Ce qui est criminel aujourd'hui, c'est bel et bien la politique d'expulsions de Sarkozy appliquée avec zèle par le ministre Hortefeux.

Ce qui est criminel, c'est bel et bien la politique commune européenne qui a détruit le droit d'asile, quel qu'en soit le motif (politique, économique, écologique, sanitaire).

Ce qui est criminel, c'est la politique du gouvernement français, de concert avec les instances européennes, de durcissement des conditions faites à l'immigration.

Il est utile de souligner au passage que ces personnes ne sont pas des criminels. Elles sont transformées en "criminels" par la politique globale qui vise à mettre sous pression l'immigration, ainsi que les personnes issues de l'immigration. Cette politique n'a qu'un seul but : permettre une exploitation accrue de l'immigration, notamment des sans-papiers, pour tirer vers le bas l'ensemble des salariés en France.

Maintenant que le centre de rétention est parti en fumée, la meilleure solution pratique et politique est celle de la libération des personnes en "rétention administrative".


Régularisation de tous les sans-papiers !
Pour changer de politique, une seule issue : virer Sarkozy et son gouvernement !

A tous les militants syndicaux !

Les militants syndicalistes de Militant se sont réunis le dimanche matin 15 juin et ont adopté le texte suivant :

A tous les militants syndicaux.

Ce qui s'est passé à partir de la "position commune" élaborée et signée par le MEDEF, la CGPE, la CGT et la CFDT est éloquent : ce texte a servi de base à l'attaque frontale par Sarkozy de la réglementation du temps de travail, en faisant primer les accords d'entreprise contre les conventions collectives et le droit du travail.

D'un coté, le gouvernement attaque le droit de grève, dans les transports et maintenant à l'école. En même temps, par le "dialogue social", il passe une camisole de force aux organisations syndicales, mais cela dans la mesure où leurs dirigeants sont consentants !

"Position commune", "protocole de dialogue social", "protocole sur les objectifs de la négociation", "diagnostics partagés" ... Tout cela, ce n'est pas de la négociation, c'est l'association de l'Etat et du capital avec le travail pour le ligoter. Non à la camisole de force, oui au rapport de force !

Salaires, retraites, services publics : ça suffit ! Dans toutes les entreprises, dans la jeunesse, chez les personnes âgées, monte la protestation contre la baisse du niveau de vie. C'est tous ensemble le même jour qu'il faut faire grève et se rassembler contre le patronat et le gouvernement.

Mais pour cela, il faut rompre avec le "dialogue social", facteur d'affaiblissement et de division. On ne gagnera pas sur nos revendications si l'on craint de combattre et de battre Sarkozy !

Il est nécessaire que les militants syndicaux se relient les uns aux autres, formant un réseau pour s'informer mutuellement, pour empêcher nos syndicats d'être ligotés dans la camisole et pour être prêts quand viendra l'heure de l'action.

* * * * *

Discussion.

Le but de ce texte n'est pas d'être un appel ou une déclaration de plus mais de servir d'introduction à la prise de contact avec des militants et responsables de tous les syndicats, en dehors des identités idéologiques que chacun peut bien sûr exprimer, pour s'opposer aujourd'hui au "dialogue social" qui n'est rien d'autre que la camisole de force que Sarkozy veut passer aux organisations de la classe ouvrière, ce qui ne serait possible qu'avec le consentement de leurs dirigeants, et pour être à même demain -pas après-demain ! - d'agir dans la lutte des classes la plus directe, en mieux qu'en 1995, en 2003 et en 2006.

Car c'est cela que la camisole de force du "dialogue social" veut empêcher : ligoter les militants, les délégués, capables de faire l'unité et de construire l'union des travailleurs contre les patrons et contre Sarkozy.

Le Canard Enchaîné de mercredi dernier, faisant écho aux discussions qui vont montant dans les rangs de la CGT, cite le vote du congrès de l'UD du 93 où une motion (voir ci-dessous) rejetant la "position commune" a fait un score significatif (mais se trompant dans le score : selon le Canard, la motion contre a fait 110 voix sur 233, en fait c'est 51 voix contre 123 et 59 abstentions), cite un "proche de Thibault" donnant ce que l'on peut considérer comme l'argumentation ultime -lorsqu'on les force à argumenter, ce qu'ils essaient d'éviter ! - en faveur de toutes ces signatures de "positions communes", "protocoles sur le dialogue social" et autres "cadres de négociation" :

"Nous avons le choix entre dialogue et affrontement. Mais ceux qui veulent aujourd'hui l'affrontement doivent aussi compter nos forces. En face, il y a des gens qui n'attendent qu'un choc frontal pour nous laminer, comme en 2003. Est-ce que nous y sommes prêts ? "

Reprenons cette "argumentation".

1. "Nous avons le choix entre dialogue et affrontement".

Mais avons-nous le choix ? Si Sarkozy cherche l'affrontement, à quoi sert la poursuite désespérée du "dialogue" ? De plus, le "dialogue", c'est quoi ? Car il y a négociation et négociation. On négocie, éventuellement à reculons, ce n'est pas déshonorant, sur la base d'un rapport de force. Mais négocier, ce n'est pas la même chose qu'affirmer une "position commune" avec le MEDEF sur la "modernisation des relations sociales". Ou que, comme viennent de le faire le SNES et le SNEP (les syndicats des lycées et collèges de la FSU) avec notamment la CFDT et l'UNSA, accepter de signer avant toute négociation que le but de celle-ci est de "rechercher le consensus le plus fort du corps social autour du concept d'un nouveau lycée" (sic!), ce "concept" lancé par Sarkozy début juin sous le nom de "lycée à la carte", ce qui veut dire comme l'immense majorité l'a très bien compris, Bac à la carte et donc sans valeur ! Le "dialogue social" ici, ce n'est pas la négociation, c'est la collaboration sur des objectifs communs. En 1940, les "syndicalistes" qui tenaient ce raisonnement sont allés à la table de la Charte du travail avec Pétain. Les syndicalistes restés syndicalistes, pas forcément révolutionnaires, sont restés, eux, sur le terrain des revendications, dussent-ils pour cela entrer dans la clandestinité !

La négociation -la vraie- repose sur un rapport de force. Cela s'appelle la lutte de classe. Sous la phrase "Nous avons le choix entre dialogue et affrontement", le "proche de Thibault" voudrait faire passer en contrebande l'idée que le choix c'est entre lutte de classe et association entre syndicats et patronat, syndicats et Etat. Il explique sans doute aussi que le "dialogue" c'est moins violent. Faux : le "dialogue social", c'est la pire des violences contre l'indépendance de la classe ouvrière et le rôle de ses syndicats.

2. "Mais ceux qui veulent aujourd'hui l'affrontement doivent aussi compter nos forces".

Nous venons de démontrer que même si nous avions de très faibles forces, cela nous interdirait certes l'affrontement immédiat mais ne nous autoriserait pas à tout brader dans le "dialogue social". Mais cela dit, banco, comptons donc nos forces.

On connaît à cet égard la litanie : "8% de syndiqués en France". Mais ce n'est pas nouveau et c'est dans un contexte traditionnel très différent des pays ou la syndicalisation est la condition de l'accès aux droits et aides sociales, ce que l'on oublie souvent de préciser. Cela étant, nulle raison de nier que la syndicalisation est faible voire absente dans les petites et moyennes entreprises, et que cela est un très gros problème. Mais connaît-on la statistique des grèves dans les PME depuis 6 mois ? Justement non. Elle est sans aucun doute la plus forte depuis 30 ans. Les grèves, et les réactions moins visibles à la baisse du pouvoir d'achat et à la flexibilité, n'ont jamais été aussi fortes. Les jeunes scolarisés sont, par vagues successives, tous entrés dans la bataille dans l'année écoulée. Les retraités aussi. Les cheminots ont fait dix jours de grève reconductible cet automne alors que B. Thibault avait accepté dés le départ un "dialogue social" à la manière de Sarkozy ! En effet, comptons nos forces ...

Certes, quand le "dialogue social" sabote et sert de caution à la division syndicale, comme le mardi 17 juin, les forces mises en branle sont plus faibles, et encore même là, vu les conditions, elles manifestent la disposition au combat de la CGT profonde, des militants, de la vraie CGT, comme la manifestation du dimanche 18 mai avait montré la disposition au combat de la FSU profonde, de la vraie FSU ...

C'est le dialogue social qui affaiblit les forces, la voila la vérité !

3. "En face, il y a des gens qui n'attendent qu'un choc frontal pour nous laminer, comme en 2003."

Remarquons qu'en 2003, ils ne nous ont pas laminés. Ils nous ont infligé une défaite sérieuse avec la loi Fillon contre les retraites, alignant les fonctionnaires à leur tour sur les 40 annuités et instaurant pour tout le monde l'allongement indéfinie de la vie au travail, et avec la décentralisation. Mais c'est nous qui avons failli les laminer. Pour cela, il n'a manqué que l'extension de la grève aux principales entreprises ou le fait que la manifestation géante à Paris de fin mai ait lieu non un dimanche mais en semaine et vers Matignon ou l'Elysée. Il n'aurait pas fallu des jours d'affrontement pour les laminer, mais une offensive centrale et unie bien ciblée. De même, en 2006 nous en étions proches et le retrait du CPE, ainsi que l'affaiblissement du CNE, ont bel et bien été arrachés. Dans les deux cas, ceux qui nous ont empêché de laminer ces Messieurs, en ouvrant une nouvelle situation politique qui certes n'aurait rien réglé par elle-même, mais aurait permis aux travailleurs d'aller plus loin y compris sur le terrain politique, ce sont les mêmes dirigeants qui aujourd'hui nous expliquent qu'on n'a pas le choix et qu'entre l' "affrontement" et le "dialogue social", il faut choisir ce dernier !

Si au pouvoir ils cherchent l'affrontement il ne faut pas s'y soustraire, il faut s'y préparer. L' "affrontement", ce n'est pas forcément les barricades, les émeutes et la fumée. C'est tout simplement tous ensemble au même moment contre un même adversaire. Tout simplement !

4. "Est-ce que nous y sommes prêts ? "

Quand le dirigeant syndical "proche de Thibault" pose cette question, il souffle sa réponse à lui, qui est : non, nous dirigeants, non seulement nous n'y sommes pas prêts, mais nous faisons tout pour l'empêcher, pour imposer le "dialogue" à la place de l' "affrontement" !

Or, le même nous explique que Sarkozy en fait cherche de toute façon l'affrontement ! Alors à quoi joue-t-il ?

Si l'état des forces était mauvais, comme il veut nous le faire croire, il ne faudrait pas de "dialogue social", mais un repli syndical dans les entreprises, dans les administrations, au plus prés des revendications, dans l'indépendance. Mais si nous étions aussi mal portant, Sarkozy aurait déjà gagné et il n'aurait pas de raison de rechercher un affrontement : les deux arguments se contredisent !

Donc en réalité, ce que nos dirigeants organisent, c'est la victoire de Sarkozy dans l'affrontement qui aura bel et bien lieu !

Ce qu'il nous faut organiser, c'est sa défaite, en associant directement les militants de toutes les organisations, sans et contre le "dialogue social".

Source : Militant-Lettre de liaison N°26 du 20 juin 2008